Vous êtes sûrement déjà tombé sur un article parlant de bibliothérapie, et vous vous êtes dit « oh, encore une nouvelle méthode de développement personnel, ils ne savent plus quoi inventer ! » Bon, ce n’est pas tout à fait ça… pour vous en convaincre, voilà en quelques mots l’histoire de la bibliothérapie wink

 

Les origines de la bibliothérapie

Il est probablement impossible de mettre le doigt sur l’origine de la bibliothérapie ! De tous temps, les philosophes et les sages ont employé le pouvoir des mots pour soigner l’esprit et faire évoluer l’être. La plus ancienne bibliothèque que nous connaissons, celle du Pharaon Ramsès II à Thèbes, portait sur son fronton l’inscription « la maison de la guérison de l’âme »², peut-être la première preuve écrite de l’existence de la bibliothérapie !

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Différentes religions ont « prescrit » la lecture des textes sacrés pour soigner. En 1272 déjà, le Coran était proposé à l’hôpital du Caire en tant que traitement médical¹. Dans son livre Bibliothérapie : lire, c’est guérir, Marc-Alain Ouaknin nous explique en détail le pouvoir bibliothérapeutique du Talmud, l’un des textes fondamentaux du Judaïsme.

Au 18e siècle, la littérature était utilisée dans les hôpitaux et les institutions psychiatriques où les bibliothèques étaient courantes. Dans son livre Sur la lecture (1905), Marcel Proust parle du pouvoir thérapeutique de la lecture sur certaines pathologies mentales (qu’il nomme « dépression spirituelle »). Il explique que les livres peuvent faire office de psychothérapeutes en apportant une « impulsion d’un autre esprit, mais reçue au sein de la solitude ».

Mais ce n’est qu’au début du 20e siècle que le terme de bibliothérapie apparaît et que la discipline commence à faire l’objet de recherches.

 

Le 20e siècle : l’apparition de la bibliothérapie en tant que telle

La Première Guerre mondiale, avec ses innombrables blessés et traumatisés (ce que nous appelons aujourd’hui le syndrome de stress post-traumatique), a fourni le cadre pour l’institutionnalisation de la bibliothérapie. Le terme lui-même a été formulé pour la première fois par le pasteur Samuel Crothers dans un article datant d’août 1916 paru dans l’Atlantic Monthly. Puis, Sadie Peterson Delaney, une infirmière travaillant au Veterans Administration Hospital de Tuskegee en Alabama, découvrit que les patients qui lisaient, ou à qui on faisait la lecture, voyaient leur santé évoluer de manière plus positive que les autres, à pathologie égale. Elle pratiquait ce qu’elle appelait « le traitement des patients grâce à des lectures sélectionnées », lectures qu’elle choisissait en partenariat avec l’équipe médicale, et elle prônait la présence d’un bibliothécaire lors des réunions médicales au sujet des patients. Grâce à elle, les premières recherches en bibliothérapie ont vu le jour et son travail de pionnière lui valut une telle reconnaissance que des bibliothécaires du monde entier vinrent lui rendre visite et apprendre de sa pratique.

 

Sadie Peterson Delaney

Sadie Peterson Delaney par Mary Phelan

 

Pour ceux d’entre vous qui désirent en savoir plus sur cette femme exceptionnelle, je vous invite à lire l’article qui lui est consacré sur Wikipedia. Après plus de 30 ans d’expérience de la bibliothérapie dans cet hôpital militaire, elle reçut plusieurs distinctions de « Femme de l’année » et plusieurs institutions portent son nom !

En 1961, le dictionnaire Webster international propose une première définition du terme : « La bibliothérapie est l’utilisation d’un ensemble de lectures sélectionnées en tant qu’outil thérapeutique en médecine et en psychiatrie. Et un moyen de résoudre des problèmes personnels par l’intermédiaire d’une lecture dirigée. »²

Jusque-là, les livres concernés appartenaient principalement au domaine de la fiction (roman, poésie, etc). Une définition un peu différente apparaît en 1992, élargissant la pratique à l’usage des self-help books (soit des livres documentaires d’auto-traitement) : la Canadienne Gilda Katz publie un article dans le Canadian Journal of Psychiatry³ où elle mentionne « La bibliothérapie est l’usage guidé de la lecture, en gardant à l’esprit qu’un résultat thérapeutique est attendu. On peut adjoindre à une thérapie celle de la lecture d’ouvrages sur telle maladie ou tel problème – ou sur de la fiction ou de la poésie – afin d’aider le patient à se procurer savoir et introspection, etc. ».

Dans les années 80 et 90 en France, quelques initiatives isolées ont été mises en place sans être vraiment reconnues. En 1985, le Dr Georges Federmann écrit une thèse intitulée Le livre : ses fonctions, sa place et son utilisation à l’hôpital psychiatrique⁴. Il est le premier à analyser l’importance des livres dans le milieu psychiatrique et leur utilisation en accompagnement des thérapies classiques.

 

Quand la bibliothérapie devient une discipline reconnue

Entre la fin du 20e et le début du 21e siècle, les publications d’études scientifiques sur la bibliothérapie se sont multipliées, majoritairement produites par le milieu de la psychologie dans un premier temps, les milieux médicaux et psychiatriques prenant ensuite le relais.

Il faut attendre les années 2000 pour que la bibliothérapie se démocratise grâce à Ella Berthoud et Susan Elderkin, deux anglaises qui mettent en place un programme de bibliothérapie au sein de la School of life, projet lancé en 2008 par Alain de Botton.

Toujours en Angleterre, The Reading agency, une organisation de promotion de la lecture, lance en 2013 un programme national de prescription de livres par les médecins à destination des patients souffrant de problèmes mentaux légers à moyens. Ce programme « Books on prescription » consiste en une liste de livres choisis avec soin, dans laquelle les médecins sélectionnent les titres adaptés au besoin du patient. Celui-ci se rend ensuite avec son ordonnance à la bibliothèque de son quartier qui se doit, bien sûr, de posséder les livres de la liste officielle.

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Aujourd’hui, plus de la moitié des médecins anglais prescrivent de la lecture à leurs patients !

Qu’en est-il en France ? Christilla Pellé-Douël explique dans son livre Ces livres qui nous font du bien que malgré l’adulation des auteurs par les Français, ces derniers sont en réalité de plus petits lecteurs que les anglo-saxons ou même les populations nordiques ! En France, il ne semble pas que la littérature soit considérée sous un angle « utilitaire » et le traitement de problèmes psychologiques par les livres n’est pas vraiment pris au sérieux…

A quelques exceptions près cependant. L’Institut Montsouris par exemple propose de la bibliothérapie aux ados, en entretien individuelle ou en ateliers avec des soignants. Quelques personnes individuelles proposent également des consultations de bibliothérapie, la plus connue étant probablement Régine Detambel.

Et dans le reste du monde francophone ? Etant suisse, je me suis posé la question ! Et après quelques recherches, j’avoue ne pas avoir trouvé grand chose à part de rares initiatives individuelles… A quand une liste de livres officielle, et en français, pour aider nos médecins à nous soigner ?

 

Voilà donc les étapes principales de l’historique de la bibliothérapie ! Pour en savoir plus sur ce que la bibliothérapie peut vous apporter, n’hésitez pas à consulter cet article.

 

¹https://en.wikipedia.org/wiki/Bibliotherapy [consulté le 21 mai 2018]

²Lutz, C. (1978). « The oldest Library Motto: ψγxhσ Iatpeion ». The Library Quarterly. 48 (1)

³Gilda KATZ, « Bibliotherapy : the use of books in psychiatric treatment », Canadian Journal of Psychiatry, 1992, vol. 37, p. 173-178.

⁴Georges FEDERMANN, Le livre : ses fonctions, sa place et son utilisation à l’hôpital psychiatrique, Strasbourg, Université Louis Pasteur, 1985, 253 p. (Thèse Méd. Strasbourg, 1985, n° 200).

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