Bienvenue dans ce 14e épisode du podcast « Des livres pour cheminer » ! Coralune, autrice d'un livre "Laisser les mots surgir"

Je vous emmène à la rencontre de Coraline Renaud, dite Coralune, pour la sortie de son livre « Laisser les mots surgir ».

Coraline a une histoire assez particulière avec l’écriture puisque très jeune on lui a fait comprendre qu’elle ne savait pas écrire et elle s’est complètement coupée de ce moyen d’expression. Jusqu’au jour où les circonstances lui ont réouvert la porte de l’écriture, et je vais vous laisser découvrir comment dans ce podcast !

 

De « Je ne sais pas écrire » à autrice d’un livre : le parcours de Coralune

Dans ce podcast, Coralune nous raconte la genèse de son livre « Laissez les mots surgir », un dialogue poético-humain entre les deux protagonistes de son récit, Zoé et Tom.

Zoé a besoin de se raconter, et Tom lui offre une oreille salvatrice et bienveillante. Durant une année, ils vont correspondre au rythme des missives de Zoé !

Non seulement Coralune nous parle de son aventure avec l’écriture et de la genèse de son livre, mais elle nous fait découvrir ses autres intérêts comme le crayonnage en miroir… Le quoi ? Oui, oui, vous avez bien lu ! C’est une technique de dessin qui libère bien des choses à écouter Coralune :

 

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Podcast sur la bibliothérapie

 

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Interview de Coralune, autrice du livre « Laissez les mots surgir »

Aline : Bonjour Coralune, je suis super heureuse de t’accueillir sur ce podcast pour parler de ton livre qui s’appelle « Laisser les mots surgir » ! Avant qu’on parle de ton livre, est-ce que tu peux nous dire un peu qui tu es ? Je crois que tu as beaucoup de casquettes différentes. Qu’est-ce que tu fais dans la vie à part écrire un livre ?

Coralune : Bonjour Aline, ça me fait plaisir d’être là, vraiment merci de faire ce podcast ! Je crois que mon activité essentielle est formatrice en éducation kinesthésique. L’éducation kinesthésique c’est l’idée de revenir dans son corps, de prendre soin de son corps, de son cœur et de son esprit. Passer par le corps pour revenir à soi, donc éviter l’éparpillement lié au stress pour être bien centré. C’est mon activité principale, ce que j’enseigne. En fait, ça s’appelle le Brain Gym® et j’enseigne aussi son penchant qui est le crayonnage en miroir. Comme c’est « en miroir », l’idée est de peindre, crayonner avec les deux mains. C’est vraiment utiliser les outils artistiques à deux mains pour revenir à soi.

Aline : Ok. Qu’est-ce que ça fait de particulier d’utiliser les deux mains à la fois?

Coralune : La première chose que ça fait, c’est que tu es obligée d’être hyper présente à ce que tu fais parce qu’on a toutes et tous une main dominante, dont on a l’habitude, que ce soit pour écrire ou dessiner. Et le fait d’avoir les deux mains qu’on utilise ensemble nous oblige à être là. Parce que la deuxième, elle fait un peu ce dont elle a envie ! C’est justement l’idée : elle nous amène autre chose que ce dont on a l’habitude. Donc, si on n’est pas présent, ça ne va pas comme on imaginait. Ça nous permet de nous recentrer.

Et justement, cette main dont on n’a pas l’habitude va nous amener de l’inattendu. C’est ça que j’aime bien. En même temps, comme c’est crayonné justement, on ne fait pas de l’art, on s’amuse et puis on y va, quoi. Il y a des résultats souvent chouette et surprenant !

Aline : Super intéressant, c’est original !

Coralune : Oui, c’est clair ! C’est vraiment des chouettes moments. Je fais ça surtout en atelier.

Aline : Donc ça c’est ta casquette principale. As-tu d’autres activités ?

Coralune : Alors je suis maman, c’est aussi une activité qui prend pas mal de temps. Le crayonnage aide à se recentrer par moment quand c’est compliqué. Sinon, on a créé un centre de formation avec une collègue où on propose toutes ces formations.

 

Tableau de Coralune en crayonnage en miroir

Oeuvre de Coralune effectuée en crayonnage en miroir

 

Traumatisée de l’écriture à cause de l’école

Aline : Donc, on se voit aujourd’hui parce que tu as écrit un livre, mais j’aimerais qu’on revienne un petit peu sur ton expérience avec l’écriture. Parce que, si j’ai bien compris, tu as été un peu traumatisée au sujet de l’écriture dans ta vie et ce n’était pas du tout évident pour toi qu’un jour tu allais écrire un livre. Donc, est-ce que tu peux nous raconter un peu cette histoire avec l’écriture?

Coralune : Ce n’était même pas imaginable d’écrire un livre, même écrire un texte ! Non, ça ne faisait pas partie du champ des possibles dans mon imaginaire. J’ai des souvenirs de l’école, quand on devait écrire, on me disait que mon style était lourd, que c’était redondant, qu’il fallait s’accrocher… En plus, l’orthographe n’a jamais été mon truc, donc je me souviens vraiment d’avoir des remarques, et beaucoup de rouge. Et on me disait « mais c’est simple l’orthographe, il suffit de lire des livres et puis tu vas avoir l’orthographe » ! Et je lisais beaucoup et j’avais jamais l’orthographe qui venait. Je me disais « je dois faire quelque chose de faux, je dois pas savoir ». Donc, comme je ne savais pas écrire l’orthographe, je n’imaginais pas que je pouvais écrire. Je suis nul en écriture

Après, la suite de mon expérience de l’écriture, c’était les lettres officielles, les choses qu’on est obligé de faire. Et là, il y a des codes, si tu ne les connais pas, tu es perdu. Donc je n’y arrivais jamais. Je me suis dit « écrire, c’est trop dur » et c’est sorti de ma vie. Je n’ai même pas imaginé en fait, d’où une surprise totale d’arriver maintenant à mon âge à écrire.

 

Le déclic qui a libéré l’écriture

Aline : Qu’est ce qui a fait ce déclic? Comment est ce que tu es revenue à l’écriture?

Coralune : Ce qui a fait le premier déclic, c’était une formation de storytelling. J’ai toujours adoré quand on nous raconte des histoires pour nous parler de quelque chose, je trouve toujours passionnant. J’ai compris que ça serait bien de suivre une formation juste pour comprendre le sens global de comment on raconte une histoire. Des fois ça m’arrive de ne pas aller dans le bon sens…

J’y allais pour apprendre la maniclette, et l’animatrice (Laura Nathalie) nous propose des exercices d’écriture en fait. Laura Nathalie fait ça vraiment en lien avec l’écriture. Je me suis dit bon, allez, on va répondre à ces questions, jouons un peu au jeu. Puis je me suis prise au jeu ! C’est la première fois que j’entendais « écrivez, même si c’est n’importe quoi, écrivez et puis après vous regardez, on s’en fiche ! » Et là, tout d’un coup, ça m’a donnée une autorisation dont je ne soupçonnais pas l’existence ! Parce que pour moi, si on écrivait, il fallait écrire juste tout de suite. Là, je me suis prise au jeu d’écrire et j’ai trouvé rigolo. Je crois que c’est parce que c’est tout d’un coup devenu rigolo.

Aline : Ce n’était plus sérieux comme à l’école ou les lettres officielles… Ecrire pour toi en fait !

Coralune : C’était ça. C’était vraiment sortir de ce côté sérieux. Et puis là, tout d’un coup, à un moment, c’est presque devenu physiquement un besoin.

Aline : Wouah, c’est un grand changement ! Libérer l'écriture

 

Quand l’écriture réveille même la nuit…

Coralune : Ah, c’était énorme, parce qu’en fait ça me réveillait la nuit ! Les premiers temps, ça me réveillait toutes les nuits.

Aline : Tu avais besoin d’écrire ? Tu te réveillais en disant j’ai besoin d’écrire ?

Coralune : Oui ! Au début, je n’ai pas tout de suite compris. Ensuite, quand j’ai compris, j’avais mon ordinateur pas très loin, et toutes les nuits, j’écrivais un texte d’une ou deux pages, et après je pouvais me rendormir. Et ça a duré un mois.

D’abord, je ne gardais ça que pour moi, j’ai un peu partagé, mais très peu. Et le peu que j’ai partagé, ça a touché les gens autour de moi. Je m’attendais pas du tout à ça. C’est un énorme pas de partager. Puis, au bout d’un moment, j’ai dit « bon ok, j’ai besoin d’écrire, il y a quelque chose qu’il a envie de sortir de moi, mais je ne veux pas me réveiller toutes les nuits ! » C’est épuisant de se réveiller toutes les nuits, d’avoir son cycle coupé comme ça ! Donc je me dis qu’il fallait que je trouve un autre moyen. Il a fallu que j’apprenne à apprivoiser ça pour que je choisisse en fait d’écrire la journée, que je l’accepte en fait. Parce qu’au début, on se dit c’est une nuit, c’est deux nuits puis après on réalise « ça va faire partie de ma vie ». Donc comment faire pour que ça se passe bien ? C’est un peu comme le bébé qui dort le jour mais pas la nuit : à un moment, il faut lui faire comprendre que non, c’est le jour qu’on vit et puis la nuit qu’on dort. Donc moi c’est le jour que j’écris ! Ça, ça m’a bien aidé.

Aline : Est-ce que écrire la nuit c’était un peu écrire cachée, sans avoir complètement l’autorisation?

Coralune : Pas forcément, mais je comprends ce que tu veux dire. C’était mon moment à moi, il y avait ce côté intime de la nuit, un cocon. D’ailleurs, j’ai quand même des heures où je peux écrire. Quand il fait grand jour, en plein soleil, je ne vais pas forcément réussir à écrire. Il faut quand même qu’il y ait un peu un côté protégé. Ça, c’est resté.

Aline : Donc, dans les premiers temps, tu as écrit des textes comme ça pour toi, indépendants les uns des autres, que tu as plus ou moins partagés avec l’extérieur en voyant que tu avais un retour positif.

Coralune : Oui, des retours très émus surtout. Je me retrouvais à écrire des choses du quotidien…

Aline : Qui parlait de toi ?

Coralune : Clairement. Je n’arrive à écrire que quand je parle de moi ou de quelque chose que je traverse. C’est vraiment un partage d’expériences.

 

Comment des textes se mettent à former un livre

Aline : Comment t’es-tu lancée dans ce qui allait devenir ce livre ? On y reviendra, mais c’est un dialogue. Tu appelles ça « dialogue poético-humain » entre Zoé et Tom qui sont les deux personnages de ton livre. Comment es-tu arrivée à ce dialogue, entrée dans ce dialogue? Est-ce que ça a été tout de suite l’idée d’un livre ou est ce qu’au début c’était quelque chose de complètement différent et ça s’est transformé en un livre ?

Coralune : En fait, je discutais avec une copine, je lui racontais que j’écrivais des textes, que je faisais une page par jour, et puis que j’aurais bien fait un peu plus une fois, pour voir, explorer. Je ne connais pas le monde de la littérature, en fait. Et elle me dit qu’une nouvelle, c’est déjà à partir de deux pages ! Donc, tout d’un coup, il y a à nouveau une nouvelle porte qui s’ouvre à moi.

Et un jour, on avait décidé à plusieurs de couper tous les réseaux sociaux et de se donner 4 heures de création, et voir ce qui vient. Moi, je me suis dis « je vais faire 4 heures d’écriture », on verra bien. Je n’avais jamais fait ça.

Et assez vite m’est venue cette idée de dialogue, c’était assez clair que j’allais faire un dialogue. Ensuite, les personnages ont débarqué, ces deux personnages, je me suis dit allons-y ! et j’ai commencé à écrire ce qui va être en fait la première partie. Et vraiment, ça coulait tout seul, c’est vraiment venu très fluidement. J’écrivais un personnage, je faisais une mini pause, j’écrivais la réponse. Je me positionnais un peu différemment à chaque fois. Je n’ai pas écrit quatre heures de suite parce que, par moment, il fallait que je fasse des pauses, c’était un peu enivrant ce qui se passait. Ça prenait de l’ampleur, alors j’allais faire redescendre les tours, en fait. Comme je n’avais aucun réseaux sociaux, rien du tout, je pense que c’est une matinée où j’ai fait beaucoup de ménage ! C’était rigolo. Je passais de mon ménage l’écriture et retour !

Et là encore, de nouveau, oser partager, oser montrer, c’est toujours très stressant ou très touchant. Donc j’ai partagé à deux ou trois personnes, et j’étais hallucinée du retour en fait.

 

Pourquoi un dialogue entre Zoé et Tom

Aline : Alors explique nous peut-être ce qu’il y a dans ce dialogue ? De quoi parle ton livre ? C’est un dialogue entre deux personnes, mais qu’est-ce qu’il se passe dans ce livre ?

Coralune : Alors c’est clairement Zoé qui a besoin de s’exprimer en fait, et qui va demander à Tom d’être le témoin de ce qu’elle raconte. Elle va lui écrire des lettres, et c’est vraiment cette notion qu’elle a besoin de déposer par écrit ce qu’elle traverse en ce moment et ce qu’elle va traverser pendant une année. Zoé va vraiment beaucoup partager qu’elle vit, ce qu’elle traverse, ses émotions, des hauts et des bas de situations qu’elle a vécues. Et puis Tom est vraiment là comme témoin. Il accepte en fait ce rôle très rapidement, sans savoir où ça va l’emmener, en répondant un peu, mais en gardant cet aspect de témoin sans entraver ce qu’elle va lui raconter, sans vouloir donner des conseils ou des jugements, vraiment. Et le fait qu’il soit juste là aide Zoé à dérouler et à exprimer ce qu’elle a à dire, ce qu’elle traverse, les émotions qu’elle traverse, les hauts et les bas.

Aline : En lisant le livre, je me suis demandé pour qui ou pourquoi est-ce que tu l’avais écrit ? Est-ce que tu l’a écrit pour toi ou est-ce que tu l’as écrit pour les autres ? Parce que ça peut résonner avec beaucoup de personnes et ce que les gens traversent dans leur vie. Donc, pour qui est-ce que tu as écrit ce livre ?

Coralune : Alors clairement, en fait, je l’ai écrit pour moi. C’est clairement des choses en moi qui avaient besoin d’être exprimées. Je ne veux pas dire que j’ai vécu cette année comme ça du tout. Ce n’est pas complètement autobiographique, il y a des points, des choses auxquelles je m’identifie. C’est ce besoin de se sentir entendue, j’ai vraiment eu ce sentiment, que ce soit par oral ou par écrit, car il y a eu des périodes de ma vie où je n’étais pas entendue, et où j’aurais eu besoin d’avoir un témoin juste pour pouvoir déposer les choses. Donc je l’ai écrit pour moi, pour voir que c’était possible, pour voir qu’un témoin, c’était important et à la fois c’est aussi une partie de moi. Et que j’ai aussi ça en moi.

Aline : Tu me disais tout à l’heure que cette forme de dialogue t’a permis l’écriture et tu n’aurais pas pu écrire la même chose sans cette forme-là. Explique-nous un petit peu ce que ça t’a permis de cette forme de dialogue ?

Coralune : Je pense qu’au début du livre, par exemple, on voit que Zoé avance pas à pas, et le fait que Tom valide ce qu’elle dit lui permet de continuer. Sans être validée, peut-être qu’elle n’aurait même pas osé continuer. Rien qu’en se disant que peut-être que ce qu’elle dit ou ce qu’elle partage n’est pas intéressant. Grâce au fait que Tom valide, tout d’un coup, elle comprend que, oui, il y a de la valeur à ce qu’elle dit, à ce qu’elle écrit. Et je pense que cette notion de valeur est super importante, elle m’a permis aussi à moi d’avancer.

 

Ecrire pour se sentir entendue

Aline : J’allais te demander à quel point c’était autobiographique, parce qu’évidemment, quand on lit le livre, on se demande si Zoé c’est toi ! Alors, tu as déjà un petit peu répondu en disant que ce sont des aspects de toi. Dans la documentation qui accompagne ton livre, tu as une phrase qui dit « J’ai tellement dit et on ne m’a pas entendue que je ne sais plus quoi dire, alors je crée. » Du coup je me demandée si dans ce livre il y a tout ce que tu n’as pas pu dire, ce que tu as eu envie de dire et que ce soit entendu ?

Coralune : Alors oui, il y a clairement des choses que j’aurais voulu être entendues. Entre autres, dans la première partie, il y a clairement mon cheminement face à l’écriture, face à l’importance de l’écriture et d’être lue, que je n’avais pas réalisé. Autant c’est génial d’écrire, autant le fait d’être lue et d’avoir des retours ou de sentir en tout cas qu’il y a un écho qui se fait, ça, c’est quelque chose de vrai. Moi, j’ai beaucoup souffert de ne pas me sentir entendue.

Après, l’histoire où Zoé parle de cette personne, de ce voisin qui lui est arrivé. Elle parle de ces gens, je trouve, dans la vie de tous les jours, qu’on pourrait critiquer parce qu’ils sont un peu extrêmes, parce qu’ils jouent un peu avec le feu de la vie, qui ne sont pas faciles à vivre au quotidien. En même temps, dans la vie publique, c’est des gens qui sont valorisés, on dit c’est des artistes géniaux… Je trouve que, quand on a des gens comme ça dans son entourage, ce n’est pas facile à vivre. Et puis on aurait tendance à les critiquer alors que, publiquement, on trouve qu’ils sont géniaux. Et ça pour moi, c’est quelque chose que j’avais besoin de partager. A quel point, en fait, il y a des gens dans nos vies qui sont à la fois géniaux et à la fois insupportables. Et puis c’est trop facile de dire « il a fait des conneries et puis on ne va plus lui parler ». Parce qu’en fait, ce n’est pas si simple la vie ! J’avais besoin de partager cette ambiguïté des relations où on dit des fois « il ne faut plus les voir ». C’est pas aussi simple que ça les relations. Il y a des hauts et des bas et puis des fois il y a des trucs extrêmes. Jusqu’où est-ce qu’on laisse une chance aux gens, en fait. Qu’est ce qu’ils traversent ? On n’en sait rien. Enfin, j’avais besoin de montrer ça. Ça m’énerve en fait qu’on valorise comme ça à l’extérieur quand c’est des artistes, et que, dans le quotidien, on fait des remarques.

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Aline : Donc il y a des aspects autobiographiques que tu avais besoin de poser sur le papier.

Coralune : C’est cette ambiguïté du public et du privé, et des jugements. Après, voilà, les hauts et les bas, on les vit aussi dans notre vie à nous.

 

Oser l’écriture pour oser le reste

Aline : Qu’est-ce que tu en retires pour toi de cette expérience d’écriture ? Dans ton dossier de presse, il y a aussi quelques mots clés. Il y a le mot « oser ». Donc je me suis demandée qu’est-ce que tu avais osé ? Alors, écrire, on a compris, mais qu’est-ce que ça t’a permis d’oser ? Et qu’est-ce que tu en retire en fait ? Comment ça t’a fait grandir ? Qu’est-ce que ça a transformé en toi, cette aventure ?

Coralune : Oser, c’est vraiment un terme super important. Pour moi, ça m’a déjà permis d’oser écrire tout court, d’oser partager, d’oser imaginer. Ça a vraiment débloqué quelque chose en moi. Il y a des choses que j’aurais même pas osé avant. Plus jeune, même, je ne m’exprimais plus parce que de toute façon je ne me sentais pas entendue, donc je n’osais même pas m’exprimer. Tandis que là, de voir que quand je m’exprime je peux être entendue, je peux être accueillie et, en même temps, ça fait écho à des gens, et ça fait du bien à d’autres gens, ça tout changé pour moi.

Aline : Tu me disais tout à l’heure que le crayonnage en miroir t’avait aussi aidé dans ce processus de lâcher prise et d’oser ?

Coralune : Oui, je pense clairement. Le crayonnage en miroir, c’est à un autre niveau parce que c’est artistique. Mais quand j’ai commencé à crayonner régulièrement, j’ai complètement lâché les barrières. Parce que j’ai toujours pensé que comme je n’ai pas fait les Beaux-Arts, je ne peux pas peindre, Je ne peux PAS peindre ! Ce n’est même pas rien que pour moi, je n’osais même pas. Après, j’ai compris qu’en fait pas du tout, je pouvais peindre. Donc je me suis mise à peindre. C’était un peu le même cheminement. Je crayonnais et tout d’un coup je me suis mis à peindre. Après, je me suis mis à peindre ma première toile, c’est déjà aussi une étape. Voilà, oser. Donc j’ai osé peindre, ensuite j’ai osé montrer et  j’ai aussi exposé. C’était un cheminement que j’avais fait quelques années avant, quand j’ai exposé mes peintures une première fois. Là, j’ai vraiment eu le sentiment de faire un coming-out de ma créativité. C’était un grand moment.

Et après il y a eu un grand creux aussi. Tiens, c’est intéressant. Il y a eu un grand creux où je n’osais plus trop. J’avais l’impression de m’être exposée et après je savais plus quoi faire. Je continuais vraiment à peindre, à créer. D’ailleurs, j’en ai fait une deuxième expo. Et puis là je sens justement que mes œuvres se diffusent de plus en plus loin. Et puis c’est super touchant de voir la réaction des gens et le bonheur de ceux qui les achètent de les avoir chez eux. Pour moi c’est hyper touchant parce que moi, je vends une œuvre, mais en fait, quand je vois que quelqu’un est heureux de l’avoir chez lui. Il m’envoie une photo de son mur, c’est hyper touchant, de sentir que l’énergie, l’amour que j’ai mis dans ces œuvres continue à diffuser plus loin.

Donc ça m’a ouvert à la peinture, et je pense que justement, après, une fois que je me suis sentie en sécurité de peindre, tout d’un coup, ça aussi ça m’a aussi ouverte à écrire.

Aline : Oui, tu as vécu une dynamique un peu similaire finalement, de te mettre des barrières et de faire péter ces barrières pour oser. Et puis, faire une expo de tes peintures ou publier un livre.

Coralune : C’est clair, vraiment. Je continue à crayonner, je crayonne régulièrement. Peut-être qu’aux moments où l’écriture coince, je vais crayonner un peu, ça libère en fait des carcans. Mon vécu, en crayonnant, c’est qu’au lieu de continuer à suivre mes habitudes sous forme d’autoroute, tout d’un coup je vois les petits chemins. Donc ça m’a permis de voir les petits chemins pour la peinture, et là ça m’a permis de voir les petits chemins pour l’écriture. Ce qui est génial avec le crayonnage, en fait, c’est que ça nous ouvre à des petits chemins, mais on ne sait pas lesquels.

Aline : On se laisse surprendre…

Coralune : Complètement ! Et pour chacun ça va être autre chose. Je pense que mes premiers petits chemins de crayonnage, c’était de pouvoir imaginer que la journée ne sera pas comme je l’ai prévue et être ouverte à ça. L’imprévu qui vient dans ma vie, maintenant, je l’accueille. A l’époque ce n’était pas aussi fluide que ça !

Aline : Finalement, c’est un chemin de libération intérieure tout ça, que ce soit le côté artistique-peinture ou artistique-écriture aussi, finalement, c’est aussi de l’art.

Coralune : Oui, oui. Déjà, écrit le livre c’est une aventure. Mais il y a l’étape d’après : qu’est ce que j’en fais ? Est-ce que je publie ? Je publie pas ?

 

Publier son livre en auto-édition

Aline : Justement, je voulais te demander : ton livre est sorti en auto-édition. Est-ce que c’est un choix ? Est-ce que tu as essayé autre chose ? Parce que c’est très compliqué de publier un livre actuellement. Quelle est ton expérience avec ça ?

Coralune : Une fois que j’ai décidé que j’allais publier, c’était évident que j’allais essayer de le faire publier par une maison d’édition. Je ne voyais pas du tout d’autres chemins. C’est de nouveau l’autoroute, je ne voyais que l’autoroute. Ensuite, j’ai fait quelques recherches. J’ai envoyé mon manuscrit à pas mal de maisons d’édition. Mais c’est vrai que comme il y a une notion de poésie, il y a une notion de dialogue, il ne rentre pas dans les cases. Donc j’ai tenté les maisons d’édition poétiques, les correspondances. Voilà, j’ai écrit pas mal, j’ai reçu quelques réponses, peu par rapport au nombre d’envois.

J’ai reçu en fait des réponses de maisons d’édition participative. Ça veut dire que c’est des maisons d’édition où on paye. C’est nous qui payons, et eux font le travail des maisons d’édition. Ce qui est à la base ce sur quoi j’étais partie, de travailler avec une de ces maisons d’édition, il y en a plusieurs. Après, je me suis un peu renseignée, il y avait du positif et du moins positif, donc je ne savais plus très bien. Mais j’étais parti dans cette idée là. Et puis il y a un montant de base qu’on doit mettre et ça m’a un peu coincée. Quelqu’un qui m’a dit de faire une cagnotte et de demander de l’argent, peut être que les gens donneront de l’argent. Donc, je suis partie là dedans et j’ai osé faire une cagnotte.

Aline : Oui, c’est encore un autre truc qui est pas facile à oser !

Coralune : Qui est énorme en fait. Je voulais faire un truc participatif, et puis quand je me suis renseignée et que j’ai vu l’implication que ça demandait en retour, comment il fallait gérer les trucs pour ne pas se louper… Comme tu donnes quelque chose en retour, il faut quand même que tu aies un plus gros budget, parce qu’il y a les coûts et tout. Ça me paraissait tellement compliqué que j’ai dit non, si j’y vais, je fais une cagnotte. C’était clair et net que c’était une cagnotte. Et là aussi, comme je montrais mes textes, j’étais hallucinée de la réponse. Je m’attendais pas du tout, ça a été une énorme surprise, puis un choc. Je recevais de l’argent, mais j’avais l’impression de recevoir de l’amour comme ça. Oui, c’était une expérience hallucinante qui va aussi réveiller la question « mais est-ce que j’y ai droit? » Les gens ne savent pas ce que j’écris ils n’ont pas vraiment lu ce que j’écris… Enfin voilà. Mais la cagnotte a fonctionné. Cela a duré deux mois, et à ce moment là, j’ai réalisé que je n’allais pas travailler avec ces maisons d’édition participatives parce que les quelques contacts que j’ai eu n’étaient pas de super feeling. Donc je me suis dit non. Et j’ai réalisé qu’en fait, j’avais envie de pouvoir choisir avec qui je travaillais et à qui je donnais mon argent. Il y a une graphiste que j’aimais beaucoup, Anaïs Noëla…

Aline : Dont j’ai parlé quand j’ai fait une interview de Caroline Verstaen que tu connais aussi au sujet de l’auto-édition, elle a aussi fait designé son livre par Anaïs.

Coralune : Je ne peux que recommander. Vraiment, vraiment, une super graphiste qui m’a fait une méga belle mise en page, qui m’a fait une magnifique couverture. Enfin je veux dire, elle a vraiment rendu mon livre chou. Et aussi Caroline justement qui allait m’aider à faire la promotion. Donc finalement, j’ai choisi de donner mon argent à ces gens-là pour publier mon livre et partir en auto-édition, ce qui au début était inimaginable pour moi. Donc voilà, je suis partie dans ce sens là. J’ai reçu encore dernièrement une réponse négative d’une maison d’édition, je crois qu’ils croulent vraiment sous les demandes.

Aline : Donc finalement, ton expérience de l’autoédition est plutôt positive, ça a bien fonctionné ! Ou est-ce que tu as rencontré des obstacles, est-ce qu’il y a des choses qui ont été compliquées ?

Coralune : Le fait d’avoir une graphiste. Comme on en voyait la maquette quasiment déjà finie, il fallait juste un peu la réviser, c’était un peu compliqué parce qu’ils sont pas habitués à avoir ce cas là. D’habitude, ils ont des graphistes en interne et ils font eux-mêmes. Donc il y a eu deux ou trois petites incompréhensions, mais ça c’est lié au fait qu’ils n’avaient pas l’habitude de recevoir les maquettes. Mais sinon non, ça s’est bien passé, ils sont assez réactifs. On leur avait dit dans quel délai on en avait besoin et puis, le délai approchant c’était un peu chaud, et ils ont.bien réagi.

Aline : Tu es passée par quelle plateforme.?

Coralune : J’étais chez Libri Nova, qui est une des grandes plateformes d’auto édition en France.

 

Les livres qui ont éclairé la vie de Coralune

Aline : Et pour terminer, j’ai envie de te demander, puisqu’on est dans un podcast et sur un blog qui parle de bibliothérapie, comment ce mot résonne pour toi et-est ce que tu as une expérience personnelle de prendre soin de toi par les livres ? Tu as dit tout à l’heure que tu lisais beaucoup ou que tu as beaucoup lu de livres, que malheureusement ça ne t’avait pas aidé pour l’orthographe, mais que quand-même tu avais lu beaucoup de livres. Est-ce qu’il y a des livres qui t’ont marquée, qui t’ont vraiment fait du bien, qui ont été des étapes importantes dans ta vie ?

Coralune : Je suis assez bluffée. La bibliothérapie, en soi, je connais pas, mais je suis assez bluffé car, souvent, les livres que je lis ont une résonance avec ce que je vis sur le moment. Plusieurs fois, des livres m’ont accompagnée pile poil dans ce que je traversais. Je trouve que c’est assez fascinant. J’ai des fois même remercié ces livres qui m’aident à traverser des étapes de vie.

Peut-être que, depuis que j’ai entendu que ça existait, je suis encore plus attentive quand tout d’un coup je trouve que le livre est en résonance avec mon vécu. Je me dis « ah ouais quand même », c’est bluffant quoi. Après, comme pour l’orthographe, je suis hyper mauvaise pour me souvenir des titres de livres.Et je suis désespérée toujours de ne pas me souvenir alors que je les ai vraiment beaucoup aimés.

Un des livres, vraiment, qui est mon livre de chevet depuis que je suis jeune, ça va être quand même Paul Auster, « Léviathan ». Je sais pas, il a quelque chose qui me fait du bien. Je l’ai relu, je ne sais pas, quatre ou cinq fois. Alors je dirais que maintenant ce n’est plus la même chose, mais plus jeune, je l’ai relu plusieurs fois. Vraiment, il y avait un côté où ça m’embarquait, ça me faisait du bien. Il était tout chou.

Après il y a des livres… malheureusement je me souviens plus du tout. C’était une trilogie, c’était toute une histoire d’une famille couturière. J’ai fait des études de couture, et avoir lu cette trilogie qui se passe sur plusieurs générations d’une maison de couture, c’est comme si ça a guéri quelque chose parce que je n’ai pas pu continuer, ça n’a pas été mon métier. Alors que jeune, j’étais sûre que je deviendrais couturière. Alors ça m’a aidée à boucler la boucle de quelque chose que moi je n’avais pas vécu, mais j’ai pu le vivre un peu à travers ce livre, en voyant les devants et les derrières.

Aline : Ça c’est une chouette cette expérience.

Coraline : Ça m’arrive aussi de lire des livres un peu… je ne sais pas si on peut dire sentimental, mais qui m’aident aussi à me libérer des émotions dont je j’arrive pas à libérer.

Aline : C’est quelque chose de super important, parce que quand on regarde les mécanismes qu’il y a derrière la bibliothérapie, il y a un côté catharsis hyper important, d’expression des émotions de manière sécurisante par rapport à l’expérience de ces mêmes émotions dans la vraie vie. Et on peut les vivre comme ça, à travers des personnages. Et ça, c’est un des bienfaits majeurs mentionnés dans la bibliothérapie.

Coraline : Ah oui, c’est clair. Je pense que j’ai pu traverser des trucs grâce aux livres, c’est clair.

Aline : En fait, la lecture, principalement de fiction, agit comme une sorte de réalité virtuelle dans laquelle on peut vivre les choses. Et en fait, notre cerveau ne fait pas la différence entre vivre ces choses à travers des personnages dans un récit ou les vivre dans la vraie vie. Pour notre cerveau et notre corps, l’expérience est la même chimiquement, ce qui se passe dans notre être, c’est la même chose. Donc en fait, ça permet de vivre des choses en mode réalité virtuelle, qui seraient trop difficile à vivre dans la vraie vie ou qu’on n’aurait pas l’occasion de vivre dans la vraie vie. Donc c’est quelque chose de très précieux.

Coraline : Par contre. il y a toute une série de livres que je ne peux plus lire maintenant. Tout ce qui est polar, ce n’est plus possible. D’autant plus que j’aime bien lire le soir : après je ne dors pas ! Donc c’est hyper frustrant parce que j’aime bien ce côté intrigue. Mais dès que c’est trop violent, c’est fini, j’en fais des cauchemars alors. Donc je vois bien le truc où c’est comme pour de vrai. En tout cas pour mon corps, c’est comme pour de vrai.

Aline :  Est-ce que tu aurais encore une chose que tu as envie de dire pour clore ce moment ?

Coraline : Je trouve hyper intéressant ce que tu viens de dire sur la bibliothérapie, parce que plusieurs retours que j’ai eus en lien avec mon livre parlaient de reconnexion avec les émotions, avec une manière d’expression. Ce côté retrouver des paillettes. Et j’avais jamais fait ce lien qu’on vient de faire avec la bibliothérapie. Le fait de lire le voyage de Zoé et comment elle exprime ce qu’elle vit, ça permet peut-être à d’autres personnes de retrouver cette sensation et de revenir en fait à leurs émotions.

Aline : Et de s’auto-exprimer des choses à l’intérieur, pour eux-même, avant peut-être de les exprimer à l’extérieur.

Magnifique ! Comment peut-on se procurer ton livre ? Si on a écouté ce podcast avec enthousiasme et qu’on se dit qu’on a envie de lire ce dialogue poético-humain entre Zoé et Tom ?

Coraline : Alors l’endroit principal pour le trouver c’est sur mon site : https://www.coralune.art

Sur le site de Libri Nova, il est aussi en vente. En ligne, c’est les endroits les plus sûrs. Il est parsemé dans des librairies en Suisse romande, mais c’est ponctuel, par endroit.

Aline : Et tes différentes activités, on peut les retrouver sur les réseaux sociaux si on a envie d’aller voir ce que tu fais, le crayonnage en miroir et ces diverses choses  ?

Coraline : Pour le crayonnage en miroir, c’est coralune.art un peu partout sur les réseaux sociaux, Instagram et Facebook. Sinon, le nom de notre centre de formation est « Sève créatrice ». Là, c’est spécifique aux formations, notamment de crayonnage.

Aline : Super ! Merci beaucoup Coraline pour ce moment de partage autour de ton livre. Je trouve ça toujours passionnant quand j’ai lu un livre, d’entendre toute l’histoire qu’il y a derrière, je trouve que ça enrichit encore plus l’expérience de la lecture. Merci d’avoir partagé tout ça avec nous et puis à tout bientôt.

Coraline : Merci beaucoup Aline pour ce moment !

 

 

Crédit du générique : Ave Marimba Kevin MacLeod (incompetech.com)
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