Voilà une question qu’on me pose souvent lorsque je parle de bibliothérapie : quels genres de livres proposes-tu en consultation ? Regardons cela de plus près…

(Je vous avertis, vous n’allez peut-être pas être d’accord avec moi ce coup-là… C’est ce qui fait la richesse et la diversité des bibliothérapeutes !)

 

Les différents genres de livres

Comme vous l’avez compris si vous avez lu mon article sur la lecture consciente, il y a autant de bibliothérapies que de bibliothérapeutes.

Chaque thérapeute se forge sa propre méthode et rassemble au fil du temps sa propre liste de livres qu’il aime conseiller. Cependant, on pourrait tout de même dire qu’il y a trois manières d’aborder les genres de livres en bibliothérapie.

Avant d’entrer dans la pratique des bibliothérapeutes, voyons comment nous pouvons classer les livres en trois catégories :

  1. La littérature au sens large. Il s’agit des ouvrages (en général de fiction) tels que les romans, la BD, la poésie, le théâtre, les nouvelles, les biographies, etc. Dans cette première catégorie, les auteurs n’ont en général aucune visée thérapeutique en écrivant. Leurs buts peuvent être multiples, mais aider le lecteur n’est généralement pas leur premier souci.
  2. Les ouvrages de psychologie grand public. Ici, les auteurs écrivent spécifiquement pour informer et aider le lecteur : livres de développement personnel, documentaires sur un trouble particulier, etc. Le livre apporte au lecteur des informations pour l’aider à mieux se comprendre ou à identifier un problème qu’il rencontre.
  3. Les self-help books. On pourrait traduire ce terme par “livre d’auto-traitement”. Cette catégorie est proche de la deuxième, mais ici l’auteur propose une méthode, pas à pas, pour aider le lecteur à se sortir d’une situation précise : arrêter de fumer, retrouver la confiance en soi, se faire des amis, surmonter une phobie, la liste est longue ! L’exposé est souvent accompagné d’exercices que le lecteur doit mettre en pratique pour progresser.

 

self help book

 

Les avantages/désavantages des divers genres de livres

 

La littérature (principalement de fiction)

La littérature de fiction fait appel à l’imaginaire et à l’émotionnel du lecteur. Chacun de nous réagira donc différemment à un roman par exemple. Cela rend la prescription de ce genre de livres assez délicate car les effets de ces livres ne sont pas reproductibles. Ici, nous travaillons au niveau de l’individu. Comme chacun est différent, les ouvrages conseillés pourront être différents pour une même problématique. Le bibliothérapeute doit faire appel à ses connaissances littéraires et sa sensibilité humaine pour proposer le bon livre à la bonne personne.

L’avantage de la fiction est qu’elle touche facilement le lecteur. Un bon récit nous embarque dans son monde et parle à nos émotions. C’est quelque chose que beaucoup d’entre nous lisons déjà pour notre plaisir et nous n’aurons donc pas de difficulté à le faire dans le cadre de la bibliothérapie.

Par contre, la fiction nous parle de manière plus indirecte et moins frontale que les livres “de psychologie”. Ce processus demande donc un peu plus de “conscience” de notre part : nous déploierons tout le potentiel de notre lecture en prenant du temps pour laisser raisonner le récit en nous, en réfléchissant à son impact sur notre être. Ce que nous aurons moins besoin de faire avec un documentaire qui traite directement de notre problématique.

 

Les ouvrages de psychologie et les self-help books

Contrairement à la fiction, ces ouvrages ne font pas de mystère quand à leur but ! Ils nous parlent directement d’une problématique précise et ont été écrits pour nous éclairer sur ce sujet. Leurs effets sont donc beaucoup plus prévisibles et reproductibles, ce qui en fait un outil prisé des études scientifiques sur la bibliothérapie. Plusieurs études ont d’ailleurs montré l’efficacité des livres d’auto-traitement, notamment pour les problèmes d’alcoolisme¹ ou de dépression².

De nos jours, les lecteurs sont très friands de ce genre de documentaires, il n’y a qu’à voir la large place qui leur est faite en librairie ! Ils sont également faciles à lire et peuvent être plus abordables pour les personnes que la littérature complexe effrayerait.

Cependant, cette approche peut être parfois trop frontale pour certains qui bénéficieront davantage de l’approche indirecte de la fiction. S’identifier aux personnages leur permettra de parler d’eux-mêmes de manière plus distante et moins violente.

 

quel genre de livres

 

Quel genre de livres proposer ? Un sujet-débat…

Après avoir classé les livres dans ces trois catégories, la question se pose : quel genre de livres proposer en bibliothérapie ?

Comme je vous le disais au début, les points de vue divergent. On peut en distinguer principalement trois.

Certaines personnes, comme Régine Detambel, pionnière de la bibliothérapie créative en France et elle-même auteur, ne jurent que par la fiction, et la bonne littérature ! Pas question pour eux de proposer un self-help book ou un roman de gare. Leur approche de la bibliothérapie utilise la littérature des grands auteurs, riche en métaphores, qui s’adresse à notre être profond.

On peut également mentionner certains thérapeutes hyper-spécialistes, par exemple dans l’utilisation de la poésie (poésie-thérapie ou poéticothérapie).

D’autres sont adeptes des deuxième et troisième catégories de livres : les psychologues anglo-saxons ont beaucoup utilisés les ouvrages de psychologie et autres self-help books. Le programme anglais “Books on Prescription” propose majoritairement des livres documentaires, et notamment des self-help books pour traiter l’anxiété et la dépression. Au Pays de Galles, 30’000 livres d’auto-traitement sont empruntés chaque année (chiffres de 2013) et trois des dix livres les plus empruntés du pays font partie de cette catégorie.

Enfin, certains bibliothérapeutes (dont je fais partie !) sont partisans du “tout livre peut être utile”. Personnellement, j’aurais de la peine à exclure une catégorie ou une autre. Je crois fermement que tous les genres de livres peuvent aider si on les choisit bien.

Comme je le mentionnais plus haut, les livres de psychologie ont actuellement un tel succès que dire qu’ils ne peuvent pas être utilisés en bibliothérapie me paraît très réducteur. J’ai moi-même fait l’expérience dans ma vie de la puissance d’un tel livre (pour en savoir plus, vous pouvez lire mon article sur les trois livres qui ont changé ma vie…). Petite anecdote amusante, la vie du savant Michael Faraday (1791-1867) aurait été transformée par la lecture d’un livre de développement personnel de l’époque, The Improvement of the Mind de Isaac Watts (soit “L’amélioration de l’esprit” en français, livre tombé depuis dans le domaine public et que vous pouvez lire gratuitement sur Google Livres). Donc cela ne date pas d’hier !

D’un autre côté, lorsque Pierre-André Bonnet, dans le cadre de sa thèse en médecine sur la bibliothérapie, a interviewé des milliers de patients sur les effets bénéfiques de la lecture, la majorité déclarait avoir été aidés par des romans tels que L’Alchimiste de Paolo Coelho ou des romans “faciles”.

 

Pour résumer : quels genres de livres utiliser en bibliothérapie ?

Vous l’aurez compris, ma réponse est “tous” !

La fiction a l’avantage de parler à notre être et à nos émotions, de nous permettre d’aborder des sujets difficiles en douceur par l’intermédiaire de personnages extérieurs à notre vie. Mais la prescription de littérature demande plus de sensibilité de la part du bibliothérapeute et un vrai échange avec la personne qui consulte.

Les documentaires ont l’avantage de traiter directement d’une situation et de proposer des solutions immédiatement applicables, avantage qui se révèle un inconvénient dans certaines situations.

Et les bandes dessinées, les mangas, les albums pour enfant, etc ? Personnellement, mes lectures contiennent également des BD et certaines trouveront tout à fait leur place dans une liste que je pourrais conseiller, si je pense que cela convient à la personne ! Donc quand je dis tous les genres, c’est vraiment tous.

Du moment que le livre en question nous touche, parle à notre être, fait émerger des clés et des réponses pour nous aider à avancer, pourquoi s’en priver ? J’en connais même certaines à qui la simple consultation d’un bon livre de recettes redonne le sourire et dissipe les tensions ! N’est-ce pas aussi de la bibliothérapie ?

 

Et vous, lisez-vous plutôt des romans ou des documentaires ? Quel genre de livres vous a le plus aidé dans votre vie ? Partagez-le en commentaire 🙂

 

¹ Sally A. SAVAGE, Clive R. HOLLIN, Anita HAYWARD, 1990. Self-help manuals for problem drinking : the relative effects of their educational and therapeutic components. British Journal of Clinical Psychology, 1990, 29, p. 373-382.

² Steven STARKER, 1998. Psychologists and self-help bocks : attitudes and prescriptive practices of clinicians. American Journal of Psychotherapy, 1988, 42, n° 3, p. 448-455

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