Bienvenue dans ce 9e épisode du podcast “Des livres pour cheminer” !

 

Des livres pour cheminer – un podcast sur la lecture et la bibliothérapie :

 

Interview d’Armelle Cendo et Nora Nagi-Amelin, initiatrices du projet “Lire Délivre”

Après un article sur la bibliothérapie appliquée aux enfants stressés, j’ai voulu continuer mon exploration des actions bibliothérapeutiques à destination des jeunes.

Je l’expérimente tous les jours dans mon environnement de travail : les jeunes lisent peu, et pour eux le livre est généralement relié au monde scolaire, à une obligation de lire. Alors, pourquoi ne pas amener la bibliothérapie à l’école pour aider les élèves à prendre conscience que oui, la lecture ça peut être fun ! Cette activité peut être un moyen de détente, d’ouverture sur le monde, éventuellement même une source de réponses à leurs questions d’ados !

Lire Délivre : un projet d'Armelle Cendo et Nora Nagi-Amelin

Dans un précédent épisode de podcast, je vous ai parlé de l’expérience d’Aurélie Louvel avec la bibliothérapie jeunesse. Aujourd’hui, nous rencontrons deux professeures documentalistes françaises, Armelle Cendo et Nora Nagi-Amelin, qui ont mis sur pied un projet à destination de leurs élèves : Lire Délivre.

Bien sûr, lorsqu’on parle de bibliothérapie à l’école, et même plus généralement en bibliothèque, il n’est pas question de “thérapie” au sens où nous l’entendons couramment. Les bibliothécaires ne sont pas thérapeutes ni psychologues ! Il s’agit d’apporter aux élèves un nouveau regard sur la lecture et sur les livres à leur disposition à la bibliothèque, ainsi que de les inviter à de nouvelles pratiques de lecture.

Je vous laisse le découvrir en compagnie de nos deux invitées ! (pour en savoir plus en vidéo, rendez-vous tout en bas de cet article… Et voici l’adresse email d’Armelle et Nora mentionnée dans le podcast : contactliredelivre@gmail.com)

Vous avez le choix entre la version audio, la version YouTube ou la version texte, tout cela ci-dessous !

 

 

Podcast sur la bibliothérapie

 

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Projet Lire Délivre

Sacs thématiques “Lire délivre” dans le CDI d’Armelle Cendo

 

Interview d’Armelle Cendo et Nora Nagi-Amelin : version texte du podcast

Bonjour, c’est Aline du site Des livres pour cheminer, et bienvenue dans le neuvième épisode de ce podcast !

Comme vous le savez sûrement, je suis responsable d’une bibliothèque scolaire en Suisse, et depuis que je m’intéresse à la bibliothérapie, j’ai dans un coin de ma tête le souhait d’amener des éléments de bibliothérapie au public que je côtoie tous les jours.

En faisant des recherches sur Internet, je suis tombée sur l’expérience “Lire Délivre” (délivre du verbe délivrer !) menée par deux françaises de la région de Nice et évidemment j’ai voulu en savoir plus !

 

Visuel Lire Delivre Armelle Cendo et Nora Nagi-Amelin

Visuel du projet Lire Délivre

 

Voilà donc ma rencontre avec Armelle Cendo et Nora Nagi-Amelin :

Aline : Armelle et Nora, est ce que vous pourriez vous présenter pour commencer, expliquer un petit peu votre parcours. Et puis, où est-ce que vous travaillez actuellement ?

Armelle Cendo : Alors, je suis Armelle, ça ne fait que cinq ans que je travaille dans l’Éducation nationale puisqu’avant j’étais libraire. Je travaillais dans des librairies indépendantes. Donc j’ai vraiment une histoire avec les livres qui est très longue maintenant et très intense. Et lorsque je suis rentrée dans l’Éducation nationale pour être professeure documentaliste, je me suis trouvée vraiment bien à ma place et j’étais contente d’être face à un public jeune. Parce que, malheureusement en France, le public des librairies a un petit peu vieilli, et ça, vraiment, ça m’attristait un petit peu, j’avais vraiment besoin d’être face à un jeune public.

Donc voilà. Et [coupure…] dans Inter-CDI où elle parlait de bibliothérapie. Et évidemment ça a fait plus que tilt chez moi, parce qu’en fait, pour moi, c’était évident ! Quand on est un lecteur, une lectrice, il est évident que les livres prennent soin de nous. Il est évident que la littérature sert à vivre. Et donc ça s’est présenté à moi comme une urgence. Après la lecture de cet article, donc j’étais en première année, j’étais encore stagiaire en documentation, puisqu’en France pendant un an on est stagiaire, on n’est pas encore titulaire, eh bien je suis allée chercher mes sacs de couleurs et j’ai commencé à construire un espace bibliothérapeutique qui ressemble à celui que j’ai actuellement. Donc quatre ans après, la formule a été améliorée mais finalement mon idée de départ est restée.

Aline : Il y a eu une toute petite coupure, de qui est-ce que tu as lu un article dans Inter-CDI ?

Armelle Cendo : D’Aurélie Louvel.

Aline : D’accord.

Armelle Cendo : Voilà, c’est elle qui a déclenché… En fait, je me suis sentie légitime après la lecture de son article. Je le sentais, c’était vraiment en moi cette idée-là. Et c’est vrai que je n’avais pas besoin de lire Régine Detambel pour le savoir, ni Aurélie. Pourtant, et c’est d’ailleurs le principe même de la bibliothérapie, leurs travaux, leurs écrits m’ont permis de mettre des mots clairs sur ce que je pensais, sur mon intime conviction, et ça m’a permis d’agir.

Aline : Oui, ça t’a donné l’impulsion pour le faire.

Armelle Cendo : Voilà la légitimité et le fait de ne pas se sentir seul. Et puis ensuite j’ai rencontré Nora qui va prendre la parole.

Nora Nagi-Amelin : Donc moi je suis en collège, en collège de centre-ville sur Nice, il y a à peu près 700 élèves. Et quand j’ai obtenu ma mutation dans cet établissement il y a maintenant cinq ans, je venais de l’autre bout de la France où j’avais construit plusieurs choses dans le CDI. Et quand je suis arrivée ici j’ai été un peu dépitée parce que c’était un lieu très, très vieillissant, très beau lieu, grand, spacieux, mais un vieux mobilier, triste, ça ne donnait pas envie.

J’ai commencé par me lancer avec les élèves. Armelle ne l’a pas spécifié mais on travaille beaucoup avec les élèves. Et j’ai commencé à me lancer dans un réaménagement pur du lieu. Et petit à petit je me suis aperçue que mon fer de lance c’était surtout le bien-être. Les CDI dans les établissements scolaires sont quand même des lieux à part, restent des lieux à part, où les élèves n’ont pas les mêmes attentes, pas les mêmes comportements, etc. Et cet aspect bien-être est devenu très, très évident avec le réaménagement, voire la reconstruction de ce lieu puisqu’on a tout repris de zéro.

Et effectivement j’ai rencontré Armelle assez vite après mon arrivée, et elle a commencé à me parler de bibliothérapie. Et je me suis dit oui, effectivement, ça serait la cerise sur le gâteau de faire en sorte que les livres que nous mettons à disposition des élèves leur apportent ce bien-être en répondant à leurs questions, en leur donnant des pistes de réflexion par rapport à des problématiques qu’ils peuvent avoir. En collège, c’est vraiment le public purement adolescent : ils arrivent, ils sont encore enfants, ils ressortent, ils ne sont pas encore tout à fait des adultes. Mais c’est là où on se construit, où on a plein d’interrogations. On a des soucis qui sont plus ou moins grands, etc. Et cette notion de bibliothérapie ou bibliocréativité m’a tout de suite intéressée.

Donc on a décidé de s’associer et de mener ensemble un projet qu’on a dénommé « Lire Délivre » : lire et le verbe délivrer, alors que nos établissements ne sont pas proches. On ne peut pas aller du CDI de l’une à l’autre à pied par exemple. Mais on a travaillé de concert et pas forcément en adoptant la même forme. Pour l’espace bien-être, zen, peu importe comment on l’appelle, Armelle vous l’a dit, elle procède avec des sacs colorés avec des thématiques dessus. Moi c’est une autre forme, c’est un vieux meuble à casiers recyclé et à chaque casier correspond une thématique.

Donc on se retrouve ! Et c’est aussi un aspect qui nous intéresse, que chacun puisse mettre en place cet espace en fonction de ses besoins, de son public, et aussi de ce qu’il possède. Parce qu’il n’est pas question non plus d’aller investir dans du mobilier ou autre. On a tous forcément quelque chose sous la main qui peut mettre en évidence et mettre un petit peu à part ces ouvrages que l’on sélectionne dans le cadre de « Lire Délivre ».

Aline : Du coup vous avez un projet commun, ce projet « Lire Délivre », que vous avez mis en place de manière un peu différente chacune dans vos établissements. Si je comprends bien, la première manière dont ça se manifeste c’est un lieu particulier dans le CDI, aménagé, et qui présente finalement une partie de vos collections d’une manière particulière ?

Nora Nagi-Amelin : Tout à fait, on peut presque dire que c’est une mise en scène de certains titres.

Aline : D’accord, et comment est-ce que vous avez défini la manière dont vous alliez présenter les livres, quels livres présenter, sur quels sujets ? Comment est-ce que vous avez mis en place cet espace ?

Armelle Cendo : Alors, c’est vrai que c’est très difficile de dire qu’il y aurait des livres qui seraient thérapeutiques et d’autres non. On est d’accord pour dire que là, pour nous, c’est un peu arbitraire notre façon de construire cet espace. Ça l’est peut être moins chez Nora. Elle vous expliquera peut-être après pourquoi. Mais moi, par exemple, je classe, enfin je range, dans des sacs de couleurs vives qui ont des thématiques, chaque sac a une thématique, qui peut être par exemple « les parents séparés », ou bien « le collège, quelle galère », ou bien « mal dans sa peau », ou bien « famille je vous aime », ou… je n’ai pas mis « famille, je vous hais »… « famille, la galère » par exemple. Et dans ces sacs, je vais mettre des livres qui portent essentiellement, selon moi, sur cette thématique-là. Je vais faire en sorte qu’il y ait des livres de formats différents, d’épaisseurs différentes, pour ne décourager aucun lecteur, aucune lectrice.

Et donc j’ai beaucoup travaillé avec une collection que j’aime beaucoup, c’est la collection Petite poche chez Thierry Magnier. C’est vraiment une collection qui est très intéressante parce qu’elle présente à la fois la particularité d’offrir des textes littéraires écrits par des auteurs d’aujourd’hui, pour des élèves d’aujourd’hui, donc vraiment très littéraire. Et à la fois c’est court. C’est un roman qui est court. Et donc les élèves sont forcément très valorisés parce qu’ils ont lu un roman, ça leur a pris vingt minutes, et ils ressortent de chaque lecture de cette collection, ils ressortent différents. Et puis, je ne sais pas si vous la connaissez cette collection ?

Aline : En fait, je l’ai découverte grâce à vous, en lisant certains articles sur Internet. Et effectivement j’en ai acheté quelques-uns pour ma bibliothèque, j’en ai lu quelques-uns. Et je dirais même que certains de ces livres, on pourrait en faire la lecture à haute voix à des adultes, tellement c’est bien écrit.

Armelle Cendo : Tout à fait.

Aline : Certains sont presque comme des contes qu’on pourrait lire à n’importe quel public finalement.

Armelle Cendo : Oui, oui vraiment, j’ai beaucoup d’estime pour ce travail d’éditeur qu’il y a derrière cette collection. Parce qu’il y a une très belle cohérence dans la collection. Et puis je trouve que, par exemple, ce sont vraiment des livres, alors là on dirait qu’ils ont été créés pour un espace bibliothérapeutique !

Nora Nagi-Amelin : D’autant plus qu’il y a un nombre énorme de thématiques qui sont abordées : de l’exclusion, de l’expulsion, les migrants, les mines antipersonnel, les femmes battues. Il y a vraiment un large panel de thématiques abordées.

Et donc par rapport à ce que disait Armelle, moi, comme j’ai utilisé un meuble à casiers, contrairement à Armelle, je suis limitée par le nombre de casiers, forcément. Et du coup, ça a été un travail de réunir différentes thématiques en une sorte de grande thématique. Donc il y en a neuf, j’ai neuf casiers. Donc les neuf casiers ont tous un intitulé avec un outil visuel et commencent tous par « moi ». Comme on s’adresse à un public adolescent, je me suis dit qu’avant tout la première question pour un adolescent c’est le moi, en rapport avec d’autres éléments. Donc il y a moi et le sport, moi et la famille, moi et l’amour, moi et les amis, moi et moi (qui est quand-même le coeur de la thématique), moi et les animaux, moi et le monde, moi et l’école et enfin moi et les écrans.

Et quand les élèves ouvrent les casiers, sur la porte du casier ils ont un nuage de mots avec la déclinaison de ce grand thème. Donc par exemple dans « Moi et les animaux », ça peut être le deuil de son animal familier, ça peut être le désir d’un animal familier, ça peut être une relation particulière avec un animal. Toutes ces thématiques sont redivisées.

Et bien entendu les élèves parfois me proposent des thématiques que j’aurais pu omettre. J’ai en tête par exemple moi et la musique. Un élève m’a dit, moi j’aimerais bien qu’il y ait effectivement des livres sur cette thématique-là parce que ça n’apparaît pas dans les casiers, donc c’est mouvant. Les thématiques évoluent en fonction du besoin des usagers et également les titres qu’on va retrouver dans les casiers ou dans les sacs pour Armelle. Certains en ressortent, de nouveaux arrivent. Tout ça est très, très mouvant.

Armelle Cendo : Oui, j’associe les élèves à la sélection. C’est-à-dire que j’avais fait une petite boîte où je leur demandais de me suggérer des thèmes. Donc dans la boîte, de manière anonyme, ils me mettaient les thèmes. C’est comme ça que j’ai un sac qui s’appelle « Trop gâtés » pour une élève. D’ailleurs, je crois qu’il n’intéresse qu’elle parce que ce sac, personne n’y va ! Mais bon, un jour on m’a demandé « Trop gâtés », j’ai mis « Trop gâtés ».

Aline : Et donc, cet espace est en libre accès dans votre CDI, les élèves peuvent y accéder quand ils veulent, etc. Est-ce que, avec cet espace, vous avez aussi créé des animations avec des classes ou peut-être facultatives en dehors des heures scolaires ? Est-ce que vous l’avez fait vivre de cette manière ?

Armelle Cendo : Oui, alors j’ai fait de la lecture à haute voix avec des classes qui sont venues en demi groupe, c’est à dire aux alentours de quinze élèves avec leurs enseignants ou enseignantes. Et ça a été de très beaux moments, ça a très bien fonctionné. J’ai pris d’ailleurs une Petite poche, « Champ de mines ». Je me souviens que je l’ai beaucoup lu. Je n’ai plus le nom de l’auteur mais c’est vraiment un très beau texte sur les mines antipersonnel et les migrants. Et donc plusieurs fois j’ai fait des ateliers Lire Délivre où les enseignants ont accompagné leurs élèves et ils ont assisté avec leurs élèves à la lecture à haute voix. Oui, « Champ de mines » quand même, je voudrais dire que l’auteur c’est Yann Mens.

Donc ça a fonctionné. Maintenant je vais me rapprocher de quelque chose que Nora a mis en place, elle, depuis longtemps dans son établissement. Je vais faire des siestes contées. Mais là le mieux c’est que Nora nous en parle, parce que c’est elle qui m’a donné l’idée, et donc je vais reproduire ce qu’a fait Nora.

Nora Nagi-Amelin : Alors le principe est très simple, c’est tout simplement d’adopter une position de détente. Donc moi j’ai de la chance, j’ai le mobilier adapté puisque j’ai de grands coussins. J’ai l’espace pour mettre ces énormes coussins. Donc les élèves volontaires, c’est sous forme de club sur le temps du midi, viennent après inscription, parce que sinon je vais me retrouver avec les 700 élèves du collège et ça n’est pas souhaitable, ni possible ! Donc ils viennent aussi au Céres puisque moi je ne dis pas CDI : c’est un « cocon éducatif du rêve et du savoir », mais ça c’est un autre chapitre… Et je leur lis un roman, ou un extrait de roman, ou un début de roman, ou parfois des albums aussi, dans ce cadre-là j’utilise pas mal les albums. Et si possible en lien avec Lire Délivre mais sur une thématique qui puisse toucher n’importe lequel des élèves, que ce soit un garçon ou une fille, que ce soit un sixième ou un troisième. Et ils écoutent. Alors, comme le nom l’indique, « sieste contée », parfois certains s’endorment et me reprochent de ne pas avoir fini le livre alors que je l’ai fini. Mais dans l’ensemble ça apporte de la discussion et surtout la réflexion. Le but c’est aussi de semer des petites graines dans leurs esprits et de pouvoir rebondir dessus et en débattre ensemble, que ce soit en groupe ou de façon individuelle. Cette année, on a encore amélioré le processus parce que je m’aperçois que c’est quand même une relation assez particulière… Quand on lit à voix haute et que d’autres écoutent et ne font qu’écouter, puisqu’ils se consacrent à ça, on ne dessine pas, on ne feuillette pas un magazine, on est vraiment tout à l’écoute de la personne qui lit. Et cette année on a également investi dans des plaids et des coussins pour qu’ils soient vraiment le plus détendus possible. On retire les chaussures, on se met aussi à l’aise que possible et ensuite on y va. C’est une vraie bulle d’oxygène dans la semaine, vraiment, et les élèves réclament beaucoup.

Il m’arrive aussi de le faire à la fin d’une séance par exemple. Si on a un petit peu de temps, on fait la lecture. Je parlais de lieu à part tout à l’heure, là c’est un temps à part dans la journée de l’élève comme dans la mienne.

Aline : Un peu à la manière des ateliers de bibliocréativité de Régine Detambel, est-ce que vous faites quelque chose ensuite de créatif avec cette lecture ? Est-ce que vous avez pu faire écrire les élèves ? Vous parliez de discuter, d’ouvrir le débat. Ou est-ce que c’est simplement, par exemple Armelle, chez vous, est-ce que c’est juste de la lecture ou est-ce qu’il y a quelque chose qui est créé ensuite par les élèves à partir de cette lecture ?

Armelle Cendo : Et bien il faut qu’on arrive à le mettre en place. Il est évident qu’il faut que les élèves puissent écrire, puissent créer quelque chose. Et là vraiment je rejoins Régine Detambel quand elle dit qu’il faut qu’après le lecteur soit créatif. Et ce terme de bibliocréativité, vraiment je trouve qu’il est très, très bien choisi. Alors pour le moment ça n’a pas été possible, mais ça fait vraiment partie de mes objectifs cette année. C’est d’aller jusqu’à la bibliocréativité.

Donc l’idée ce serait de trouver un thème générique pour tout le monde, en tout cas pour tous les élèves volontaires. C’est un petit peu ça qui est difficile à mettre en place, c’est-à-dire quels élèves ? Quand on parle de volontariat, ça veut dire que si on veut mettre en place un atelier par exemple d’écriture, il va falloir que chaque élève volontaire sorte de sa classe à une heure où habituellement il a cours pour rejoindre l’atelier bibliocréatif ou l’atelier d’écriture. Et donc finalement cette mise en place, ça a représenté un frein jusqu’à présent. Mais il ne faut pas que ça le soit parce que je pense que c’est très important de proposer, et je pense pouvoir y arriver cette année.

Donc voilà, faire intervenir quelqu’un. Ce n’est pas moi qui l’animerai. Je vais faire venir quelqu’un qui sait animer des ateliers d’écriture. Parce que je pense que c’est très important de le confier à quelqu’un qui sait le faire et j’ai déjà en tête quelqu’un qui pourrait intervenir que je connais, en qui j’ai confiance. Et donc proposer un thème qui ne mette pas mal à l’aise non plus les élèves. On avait réfléchi ensemble, c’est une amie, donc on s’est vues il y a peu de temps et on s’était dit qu’on pourrait les faire écrire sur le thème de la joie. Voilà, pour ne pas mettre mal à l’aise avec un thème trop difficile. Et puis pour que ça soit aussi aller chercher en soi quand même les moments de joie, ça peut être intéressant comme démarche.

Nora Nagi-Amelin : De mon côté, cette année, c’est juste une ébauche de ce qu’on dit au niveau de la créativité dans ce cadre là, il y a un jour où il y a la sieste contée, un jour défini en plus des autres petits moments ponctuels, et il y a un autre midi que j’ai dénommé « cercle littéraire », où là l’objectif est que justement les élèves produisent quelque chose en relation avec un livre qu’ils ont aimé. Donc ça peut être tout bêtement un exposé, ça peut être un trailer, un booktubeur, un dessin, mais ils produisent quelque chose autour d’un livre apprécié. Donc là on est en train de tâtonner, c’est les débuts. Ça fonctionne assez bien pour le moment, mais j’espère le raccrocher davantage à Lire Délivre. Pour le moment ce sont les prémisses.

Et à côté de ça, avec Armelle, on a aussi mis en place autre chose qui n’est pas tout à fait créatif mais qui nous permet d’avoir un retour, c’est des marque-pages qui sont insérés dans les livres de la sélection Lire Délivre. Ces marque-pages ont deux faces, soit une face positive et joyeuse, soit une face qui l’est moins. Et l’objectif, sur le marque-page, il est marqué « Après la lecture de ce livre, je me sens… », et on propose plusieurs émotions. Je me sens heureux ou à l’inverse je me sent triste ou autre, pour avoir justement la coloration de l’effet de la lecture sur l’enfant.

Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :  Interview d'Aurélie Louvel, bibliothérapeute jeunesse (5e épisode du podcast)

Aline : Et donc l’enfant va laisser le marque-page dont le livre quand il vous le rapporte ?

Nora Nagi-Amelin : Voilà, et de façon anonyme. On ne souhaitait pas que ce soit nominatif. Et pendant les siestes contées, j’ai repris le même visuel mais ce sont juste les smileys, soit content soit pas content. Bon, les pas contents ne sont pas légion en la matière, mais ça permet aussi aux enfants de se rendre compte qu’il se passe quelque chose. Comme c’est un temps déterminé qui est relativement bref, ça se fait sur 40 à 50 minutes selon les fois, on ne reste pas sans rien, on laisse cette petite marque. Et mon grand rêve serait d’avoir toutes les vitres du Céres remplies de smileys souriants suite aux lectures.

Aline : Donc là pour les siestes, c’est sous quelle forme ? C’est aussi un marque-page ?

Nora Nagi-Amelin : C’est juste une sorte de grosse pastille avec le smiley souriant ou triste.

Aline : Que les enfants choisissent ?

Nora Nagi-Amelin : Voilà, on a la boîte à souci et la boîte à bonheur, et selon les cas on met dans l’une ou dans l’autre.

Aline : D’accord. Est-ce que vous avez l’impression que toutes ces belles activités que vous avez mises en place, ça a vraiment changé la manière dont les élèves considèrent le CDI, l’utilisent, ou même considèrent les livres ?

Nora Nagi-Amelin : Oui. Pour les bons lecteurs, ça leur permet aussi de découvrir d’autres choses, puisque les sélections que nous faisons l’une et l’autre ne sont peut-être pas forcément les livres vers lesquels ils iraient. Pour reprendre l’exemple de Petite poche, pour les petits lecteurs c’est bonheur parce que, comme leur nom l’indique, c’est petit et ça ne fait donc pas peur. Pour les gros lecteurs, je ne sais pas ce qu’en pense Armelle, mais ça serait presque l’inverse puisque c’est tout petit, donc est-ce que ça ne serait pas pour les bébés ou autres… Et puis ils s’aperçoivent très vite, comme tu nous l’as dit, que non, en fait ce sont des textes forts, etc. Donc ça évolue bien.

Pour ce qui est des activités ou de l’espace détente, etc., oui parce qu’ils savent que maintenant, en venant dans ce lieu, ils ont un temps où ils peuvent… Ce que j’aime bien dire que c’est se poser et se reposer. Parce que ça n’a l’air de rien, mais la vie d’un collégien, il y a beaucoup de bruit, il y a du stress. On bouge tout le temps, toutes les heures on change de salle, etc. Et ça c’est un retour que nous avons souvent : ils ont besoin de se poser et aussi d’avoir une sorte de petite bulle d’oxygène dans ces journées finalement assez chargées, où on remplit les cerveaux et c’est intense pour un adolescent qui a entre 10 et 15 ans.

Armelle Cendo : Oui, moi je trouve qu’en effet ça change énormément leurs rapports au lieu CDI. Et c’est vrai qu’introduire cette notion de bien-être, je pense que c’est important. Je pense que c’est important pour toute la vie. C’est-à-dire que oui, notre objectif c’est de les accrocher à la lecture pour toute la vie, parce qu’on sait que la lecture ça fait du bien. Mais aussi leur apprendre qu’il faut se faire du bien et il faut penser à soi. Il faut s’accorder du temps, se poser comme disait Nora. Parce que dans nos sociétés où on est quand même très sollicité et surtout par le numérique, c’est un monde où tout devrait aller vite, eh bien moi je pense qu’il faut aller à contre-courant de ça. De toute façon, si on veut former des personnes qui seront des citoyens responsables et éclairés, il va falloir que ce soit des personnes qui arrivent à se poser à un moment donné, et qui arrivent à débrancher des écrans et prendre le temps.

Aline : Oui, je vois dans ma propre expérience, mes élèves qui sont plutôt des élèves non lecteurs, pour eux les livres c’est uniquement scolaire, c’est quelque chose qu’on leur impose, etc. Et je pense que leur montrer que la lecture est quelque chose aussi d’agréable, quelque chose qui peut leur apporter quelque chose dans leur vie et qui peut être justement source de bien-être, c’est vraiment très important.

Nora Nagi-Amelin : C’est tout à fait cela, que ça ne soit pas juste une contrainte scolaire, s’apercevoir que ça peut aussi nous apporter quelque chose de façon tout à fait individuelle. Voilà quoi, quand j’ai un livre ce n’est pas forcément parce que je suis obligé de le lire, parce que le professeur de français me l’a imposé. Je peux aussi tendre la main vers un livre qui m’aide à m’évader pendant un instant, ou à pousser la réflexion sur un sujet, ou découvrir d’autres gens, vivre ce qu’ils vivent, tout ça de façon virtuelle également, finalement. Puisque ce n’est peut-être pas de l’écran mais ça se passe uniquement dans l’imaginaire. Et un même livre peut provoquer des émotions différentes chez l’un ou chez l’autre, ça aussi c’est riche.

Aline : Et comment est-ce que ces expériences que vous avez menées ont été reçues par le reste de la communauté scolaire ? On a parlé des élèves. Est-ce que vos directions ont été facilement convaincues ? Est-ce que les enseignants sont partie prenante ? Comment est-ce que ça se passe par rapport aux adultes ? [sonnerie de la cloche de l’école d’Armelle et Nora !]

Armelle Cendo : Alors oui, ça a coupé parce qu’il y avait la sonnerie du collège…

Aline : Comme ça on voit qu’on est vraiment dans une école !

Armelle Cendo : Alors oui, c’est vrai qu’il peut y avoir beaucoup de résistances. Pas toujours, mais il peut y avoir beaucoup de résistance de la part des directions. D’abord parce que dans le terme bibliothérapie il y a thérapie. Et il est évident que nous ne sommes pas des thérapeutes. Donc il est évident que c’est éloigné des missions de l’Éducation nationale, en tout cas les missions des professeurs documentalistes. Donc il peut être nécessaire de justifier sa démarche.

C’est la raison pour laquelle, quand on pense par exemple à notre idée de semer des Lire Délivre dans d’autres établissements, on fournit à nos collègues éventuels, à celles et ceux qui voudraient mettre en place un espace Lire Délivre, on leur fournit la bibliographie nécessaire pour convaincre d’éventuelles résistances, d’éventuelles réticences. Voilà. Il y a une émission d’ailleurs qui a été réalisée, je ne sais pas si vous l’avez vue, qui s’intitule « Qui a peur de la bibliothérapie ? » sur Cap radio, où des professeurs documentalistes qui avaient envie de mettre en place un espace bibliothérapeutique ont évoqué les résistances de leur direction. Après une fois qu’un espace Lire Délivre, un espace bibliothérapeutique est mis en place, le climat scolaire s’en ressent. Ça peut aussi agir sur le climat scolaire. Au contraire, les retours et des collègues et de la direction sont très positifs. Et il y a plutôt une impulsion qui est associée à ce travail-là, à cette démarche-là. Et d’ailleurs vous avez sans doute entendu parler du quart d’heure lecture, « Silence on lit ». Voilà, ça c’est une initiative nationale. Et cette année je l’ai mis en place dans le collège où je suis, le collège Roger Calès à Contes, et donc nous avons mis en place ce quart d’heure lecture pour tous les élèves des classes de sixième, et vraiment les retours des collègues enseignants sont très, très positifs. Alors je vais laisser parler Nora.

Nora Nagi-Amelin : Effectivement, il peut y avoir des réticences, comme le disait Armelle. Pour ma part, j’ai eu de la chance, j’avais une direction et une équipe pédagogique vraiment tout acquise à cette cause-là. L’infirmière d’ailleurs, puisqu’on a une infirmière dans le collège avec un cabinet, est en train de créer un espace détente aussi. Elle essaie de se calquer un petit peu sur ce qui a été fait au Céres. Et puis, comme le disait Armelle, on voit une évolution aussi gouvernementale, ministérielle, avec ce fameux « Silence on lit ». On sent cette volonté et cette prise de conscience du fait qu’il y a un besoin pour les enfants. Et le quart d’heure lecture, « Silence on lit », en est d’ailleurs un très, très bon exemple. Alors, de notre côté, on n’a pas voulu mettre en place le « Silence on lit » tel qu’il se fait classiquement, un petit peu à cause de moi je dois dire, parce que j’étais contre le fait d’imposer. Puisqu’au tout début le dispositif « Silence on lit » c’est très simple, c’est de dire tout le monde s’arrête à telle heure pour lire. Et tout le monde doit lire. Donc chez Armelle ils ont choisi de cibler au niveau sixième, mais moi cet aspect-là de contrainte me chiffonnait.

Donc on procède différemment, c’est-à-dire que ce sont les adultes de l’établissement, ceux qu’on nomme parfois les invisibles, c’est-à-dire les secrétaires, la gestionnaire, etc., et puis d’autres, la principale, moi-même, on se déplace dans les classes pour faire une séance de lecture à voix haute de dix minutes, un quart d’heure. Et ça a vraiment un impact très positif, d’autant plus que l’adulte lecteur choisit un titre qu’il aime particulièrement. Donc on lit un extrait et on explique pourquoi on a choisi ce livre, ce qu’il nous a apporté à nous. Là on revient à la bibliocréativité, ce qu’il a pu nous apporter, pourquoi on choisit ce titre et pas un autre, parce qu’il provoque certaines émotions, etc. Et il y a un vrai échange avec la classe. Là encore, comme pour « Silence on lit » dans le collège d’Armelle, on a un retour très, très, très positif des collègues et également des élèves. Avec souvent des élèves qui viennent ensuite pour demander si nous avons le livre pour avoir la suite ou d’autres classes qui demandent à ce que la lecture soit poursuivie par la même personne, etc. Et c’est un moment où il n’y a plus à faire de discipline dans la classe. Vraiment, tout le monde se pose, est à l’écoute, encore une fois, et ça se passe très, très bien.

Aline : Donc si j’ai bien compris, comme vous le disiez tout à l’heure, vos projets Lire Délivre c’est quelque chose qui pourrait se propager dans d’autres établissements en France, pourquoi pas dans d’autres pays. Donc quels sont vos projets à vous pour développer tout ça ? Et puis peut être que ça se répande ailleurs.

Nora Nagi-Amelin : Déjà il y a une grosse évolution qui nous stresse un peu et qui en même temps nous réjouit, c’est que cette année nous donnons deux stages à destination du public enseignant pour l’Académie. Donc un stage dans le Var et un stage dans les Alpes-Maritimes. C’est une première marche, ça va nous permettre de parler de vive voix à nos pairs et de leur expliquer, de leur montrer également ce que nous faisons, de partager, de parfois rassurer je pense, parce que c’est une démarche qui n’est pas anodine. On parlait tout à l’heure de réticences, ça peut être aussi une crainte. Quand j’ai lancé les siestes contées dans l’établissement, la première réaction des gens a été de rire. On m’a dit : qu’est-ce que tu vas faire des siestes contées, qu’est-ce que ça veut dire, qu’est ce que c’est ? Et cinq ans après plus personne ne rit. Au contraire, si je pouvais en faire tout le temps je crois que tout le monde serait ravi. Mais ce n’est pas l’objectif d’en faire tout le temps. Oui, il y a une demande à ce que ce soit développé. Je vois par exemple quand un élève est dans une situation problème, qu’il rencontre la direction ou l’équipe enseignante avec sa famille, il arrive qu’on lui dise « Tu devrais essayer la sieste contées, ça te ferait peut-être du bien. » Et ça c’est une victoire. Donc on voit quand même que les choses bougent.

Et nous on fonctionne par les réseaux, on s’est déplacé à Ludovia pour présenter notre travail, également écriTech qui est un salon du numérique sur Nice, puisqu’on en a pas parlé, mais il y a aussi un versant numérique dans notre action. En gros, on essaie de diffuser l’information au plus grand nombre en espérant plein de petits Lire Délivre un petit peu partout.

Armelle Cendo : C’est vrai que ça serait bien que de la même façon que « Silence on lit » est devenu un dispositif national, Lire Délivre en devienne un. C’est vrai que c’est un petit peu le rêve qu’on caresse de temps en temps, ça nous semblerait très cohérent. Peut-être que ça peut être possible mais c’est vrai qu’il faut y aller petit à petit je pense.

Aline : Et si des bibliothécaires qui nous écoutent aimeraient développer quelque chose dans leur établissement, aimeraient se lancer dans cette aventure, qu’est-ce que vous conseilleriez, comment procéder ? Est-ce que vous avez justement du matériel ? Et une autre question : est-ce que, à votre avis, on pourrait étendre ça à d’autres niveaux scolaires ? Là vous êtes dans un milieu de collège en France, est-ce que ça peut s’étendre… Alors, aux plus petits j’imagine que c’est plus facile. Aux plus grands, est-ce que vous verriez le faire avec des plus grands ?

Nora Nagi-Amelin : Oui tout à fait. En fait, justement, dans les deux stages que nous allons donner nous avons beaucoup de collègues de lycée, donc c’est déjà une autre démarche. Comme je disais tout à l’heure, ils ne sont pas encore adultes quand ils quittent le collège ou sont sur le bord de l’être. Donc la sélection est un petit peu différente mais tout à fait adaptable. Dans les facultés aussi on voit émerger des espaces détente, je ne sais plus comment ils les appellent, des espaces aussi où on peut se reposer, avec là encore un mobilier adapté. En l’occurrence, en université, ils ont bien plus de moyens que nous, des moyens financiers j’entends, et des livres à disposition des étudiants qui veulent se poser. Je ne sais pas ce qu’en pense Armelle, mais je pense qu’il n’y a pas de limite en fait. Tout est question de savoir s’adapter.

Pour revenir à la première question, on propose justement aux gens qui veulent se lancer une espèce de kit où il y a une bibliographie, les émissions de radio dans lesquelles il est question de bibliothérapie, où parfois nous sommes intervenues. Nous avons aussi toute une présentation. Donc oui, il y a matière à avoir en quelque sorte le kit de départ, je dirais, pour pouvoir se lancer sans trop d’appréhension.

Armelle Cendo : Oui vraiment, sur le plan matériel, on a fait comme le disait Nora toute à l’heure, on a vraiment fait avec les moyens du bord finalement. Donc surtout, le matériel ne doit pas constituer un frein puisque finalement on adapte cet espace, on le crée avec et à la fois ce qu’on a et à la fois ce qu’on a envie de mettre en place, de faire. Et c’est aussi aux futurs bibliothérapeutes d’être créatifs finalement. Et puis se faire plaisir, parce que ça c’est une notion aussi qu’on oublie. Mais nous, qu’est-ce qu’on se fait plaisir avec Nora à être des passeuses de livres, comme on l’est. Et donc voilà, il ne faut pas oublier cette notion de plaisir. Là, on est en train de travailler plus particulièrement sur une bibliographie lycée. Donc c’est vrai que les livres qui vont être présentés seront très différents des livres de collège bien sûr. Mais l’objectif c’est aussi de faire vivre un fonds aussi, un fonds de bibliothèque.

Nora Nagi-Amelin : L’un de nos credo c’est aussi de ne pas pousser les gens à aller acquérir de nouveaux titres uniquement pour l’espace bibliothérapeutique. C’est aussi d’exploiter le fonds existant, et peut-être de mettre en scène les titres qui ne sortent pas forcément alors qu’ils auraient tout à fait légitimité à être dans ce fonds-là. Et en parlant de plaisir, comme le disait Armelle, moi le plaisir cette année c’est de voir certains élèves, quand ils viennent en autonomie, alors je ne sais pas comment ça se passe en Suisse, mais nous, il arrive qu’ils n’aient pas cours pendant une heure et ils ont le droit bien entendu de venir au CDI. Et cette année, à plusieurs reprises, j’ai vu des élèves s’organiser leurs propres siestes contées en toute autonomie. C’est-à-dire que je les vois déplacer les coussins, etc. Mais qu’est ce que tu fais ? Ben on se fait une sieste contée ! Voià, ils choisissent un livre puis un des élèves lit aux autres. Et ça c’est une victoire.

Aline : Super ! Je trouve que c’est absolument passionnant tout ça et effectivement il y a des choses vraiment merveilleuses à mettre en place dans les écoles. J’aime bien demander aux gens que j’interview quelle est leur définition de la bibliothérapie. Alors pour vous, qu’est ce que c’est la bibliothérapie ?

Armelle Cendo : La bibliothérapie, j’ai envie de reprendre un petit peu le sous-titre du livre de Régine Detambel, enfin le titre, c’est le fait que les livres prennent soin de nous. C’est-à-dire qu’en fait, grâce aux livres, on va pouvoir mettre à la fois des mots sur des émotions, on va pouvoir aussi s’identifier à des personnages, et aussi complètement voyager et sortir de son enfermement, quand on n’est pas bien par exemple. Donc ça va être une façon de se divertir, de voyager et de vivre aussi des situations inédites qu’on ne vivra peut-être jamais. Moi souvent je le dis ça aux élèves, un collégien de 12 ans, il n’est pas allé au pôle Nord ! Donc s’il lit un livre, je ne sais pas, s’il prend « Un hivernage dans les glaces » ou s’il lit un livre qui se passe à l’autre bout du monde, et bien ça va lui permettre de voyager. Donc c’est vrai que je pense que ça fait un petit peu catharsis quelque part, la bibliothérapie, la lecture, mais aussi ça peut être une façon de sortir d’un quotidien et d’apprendre, d’apprendre des choses, de découvrir des pays, des environnements, des ambiances, qu’on ne connaîtra d’ailleurs qu’avec le livre.

Moi, je n’ai jamais mis les pieds en Russie. Mais pour moi l’âme russe, comme j’ai lu Dostoïevski, l’âme russe j’ai l’impression que je la connais. Enfin, pour moi, il y a déjà une couleur, « Les Frères Karamazov » sont pour moi symboliques de la Russie, en tout cas d’une époque.

Nora Nagi-Amelin : Et la bibliothérapie c’est aussi je pense redonner au livre son rôle premier. Parce que ça devrait presque être un pléonasme de dire que les livres nous font du bien. Parce que les auteurs écrivent effectivement pour nous faire voyager, pour nous évader. Ça n’est pas un simple divertissement, ça va bien au-delà, on s’identifie. Le meilleur exemple c’est bien « J’ai vu tel film, j’avais lu le livre, mais le film ça ne va pas ! », parce qu’on s’est créé son monde à la lecture, contrairement à l’adaptation filmique qui va nous imposer des visages, qui va nous imposer des lieux, etc. Là, on laisse vraiment notre esprit faire son travail et co-écrire avec l’auteur finalement l’histoire. Et c’est ça qui est super intéressant, c’est de refouiller aussi dans ses rayons dans un esprit bibliothérapeutique en se disant « Ah mais oui, tel livre, effectivement, il aurait tout à fait sa place dans telle thématique parce qu’il m’a évoqué ceci ou les élèves m’ont dit cela, etc. » Oui, c’est vraiment remettre la littérature en avant.

Aline : Pour terminer, est-ce qu’il y a autre chose dont vous aimeriez parler, que vous aimeriez partager, qu’on n’aurait pas abordé ?

Nora Nagi-Amelin : Je pense que c’est vraiment essentiel d’impliquer, pour nous les élèves mais peu importe, son public à la démarche. Comme on disait tout à l’heure, de leur proposer d’acheter des titres ou des thématiques, voire des actions, pourquoi pas. Mais vraiment de les impliquer et que ce soit un travail collectif, dans le sens où on fait les choses ensemble et on adopte cette démarche ensemble. Et à partir de ce moment-là c’est, comme disait tout à l’heure Armelle, un vrai plaisir. Et puis notre relation à l’autre aussi.

Armelle Cendo : Oui, non je ne rajouterais rien. Je trouve que ce qu’a dit Nora est très juste.

Aline : Super ! Alors comment est-ce qu’on peut vous retrouver ou prendre contact avec vous si des personnes sont intéressées à explorer un peu ce Lire Délivre, et puis éventuellement à mettre en place quelque chose dans leur établissement ? Où est-ce qu’on peut vous retrouver ?

Nora Nagi-Amelin : Alors on a une boîte mail dédiée qui s’appelle contactliredelivre@gmail.com

Je pense que le meilleur moyen c’est de fonctionner par cette boîte mail à laquelle on répond bien volontiers. On peut effectivement transmettre le petit kit dont nous parlions toute à l’heure. Et j’ai d’ailleurs oublié que bien sûr il y a une bibliographie, etc. mais quand on parle de bibliographies on parle aussi de documents d’accompagnement. Le titre de Régine Detambel mais d’autres aussi qui peuvent accompagner les éventuels futurs partenaires de Lire Délivre dans cette réflexion qui est très vaste.

Aline : Super, je mettrai l’adresse sur la page du podcast pour que les personnes puissent vous contacter si elles le désirent.

Nora Nagi-Amelin : Super !

Aline : OK, merci beaucoup Armelle et Nora, c’était vraiment passionnant. J’espère que ça va inspirer peut-être certains ou certaines bibliothécaires qui vont écouter ce podcast. Et puis je vous remercie vraiment d’avoir participé à cette interview.

Nora Nagi-Amelin : Merci d’avoir pensé à nous.

Armelle Cendo : Merci beaucoup, on était ravies.

 

Voilà, c’est la fin de cet épisode du podcast Des livres pour cheminer ! Merci à Nora et Armelle d’avoir passé ce moment avec nous ! Si vous êtes bibliothécaire et que vous avez affaire à un jeune public, n’hésitez pas à prendre contact avec elles si vous avez envie d’en savoir plus sur la mise en place de Lire Délivre dans votre bibliothèque. Je vous dis à tout bientôt pour un prochain épisode, au revoir !

 

PS : pour retrouver tous les épisodes de ce podcast, cliquez ici !

Regardez aussi cette vidéo de nos deux invitées du jour :

 

Crédit du générique : Ave Marimba Kevin MacLeod (incompetech.com)
Licensed under Creative Commons: By Attribution 3.0 License
http://creativecommons.org/licenses/by/3.0/

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