Ce n’est pas tous les jours qu’un livre sur la bibliothérapie sort en librairie…

Alors quand Aurélie Louvel a annoncé la parution de son livre « Bibliothérapie jeunesse : une approche expressive et créative », je me suis empressée de le commander. D’autant plus que j’avais interviewé Aurélie une première fois pile au moment où elle annonçait que le contrat était signé chez Dunod !

Mon avis sur ce livre ? C’est un vrai manuel pour celles et ceux qui auraient envie de se plonger dans la bibliothérapie et qui ont spécifiquement affaire avec les jeunes. Dans un langage simple et accessible, Aurélie nous plonge d’abord dans une partie théorique qui pose les bases nécessaires à la compréhension de la bibliothérapie (je remarque que c’est quelque chose qui manque souvent chez les personnes qui débutent et qui ne se rendent pas compte de la diversité des pratiques que recouvre le terme « bibliothérapie »…). Puis, à l’aide de nombreux exemples et retours de pratique, elle nous guide vers la mise en place de diverses actions bibliothérapeutiques auprès des jeunes : la création d’un espace propice, la pratique de la bibliorelaxation et les ateliers de bibliothérapie créative.

Vu le manque actuel de formations officielles francophones en bibliothérapie, ce genre de « guide pratique » comble un manque lorsqu’il s’agit de poser les fondements pour celles et ceux qui désireraient développer des projets de bibliothérapie jeunesse. Ensuite, libre à chacun.e de compléter ses connaissances auprès d’un.e bibliothérapeute proposant des formations individuelles afin de peaufiner ses projets ! (Pour plus de détails sur les formations, vous pouvez lire cet article.)

 

Après avoir lu ce nouveau livre avec beaucoup d’intérêt, j’ai eu envie d’en savoir plus sur son aventure d’écriture à la découverte de la bibliothérapie jeunesse : voilà donc une deuxième interview d’Aurélie. Je vous laisse la découvrir…

Livre Bibliothérapie jeunesse d'Aurélie Louvel

Interview d’Aurélie Louvel, auteure du livre « Bibliothérapie jeunesse : une approche expressive et créative »

La bibliothérapie jeunesse est-elle différente de la bibliothérapie à destination des adultes ? Quels conseils donner aux personnes qui aimeraient lancer des ateliers de bibliothérapie jeunesse ? Voilà les réponses d’Aurélie !

 

Comment es-tu arrivée à la bibliothérapie jeunesse, et pourquoi particulièrement auprès des jeunes ?

Aurélie Louvel : Le lien entre les livres et le soin a toujours été quelque chose d’important pour moi. Enfant, je souhaitais aider les autres à aller mieux. Plus tard, j’ai voulu être médecin puis infirmière. A côté de ça, j’étais passionnée de littérature et je suivais des études de lettres : baccalauréat littéraire, puis licence de lettres modernes, puis un master de lettres. Lors de ma licence je devais effectuer un stage d’observation d’une semaine et c’est tout naturellement que je me suis tournée vers les bibliothèques du groupe hospitalier de ma ville. J’ai trouvé cela extrêmement intéressant. Aurélie Louvel auteur d'un livre sur la bibliothérapie jeunesse

Puis, à 22 ans, le CAPES de documentation en poche, je me suis alors rendu compte, au quotidien, que le CDI était bien plus qu’un espace de livres aux yeux des collégiens qui, pour certains, le qualifiaient même de “refuge”. Je crois que c’est ce jour-là qu’a émergé la “bibliothérapie jeunesse”. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire dans ce sens, amener du bien-être par les livres aux enfants. Je me suis donc naturellement tournée vers cette pratique auprès de ce public jeunesse par le biais de mon travail de professeur documentaliste.

Par la suite, j’ai écrit un article pour la revue professionnelle des professeurs documentalistes InterCDI dans lequel j’explique ce qu’est la bibliothérapie en milieu scolaire et en quoi le professeur documentaliste a un métier privilégié pour la mettre en pratique. J’ai ensuite été amenée à former en Suisse des professionnels du livre et de la santé à la bibliothérapie jeunesse. De tout cela est né mon site www.bibliotherapiejeunesse.com et dernièrement mon livre aux éditions Dunod « Bibliothérapie jeunesse : une approche expressive et créative ».

En quoi la bibliothérapie jeunesse diffère-t-elle de la bibliothérapie à destination des adultes ? Des points particuliers auxquels faire attention avec les jeunes ?

Aurélie Louvel : Dans un cadre scolaire, la bibliothérapie ne peut pas s’appliquer de la même façon qu’en dehors, c’est un premier point. En tant que professionnel du livre et de l’enseignement, nous n’avons pas le “droit”, quelque part, d’entrer dans ce qui relève de l’intime de l’élève ni dans le thérapeutique puisque nous ne sommes pas thérapeutes.

En dehors du contexte scolaire, c’est différent. La démarche n’est pas la même. C’est comme dans la pratique de l’art-thérapie : nous pouvons, dans le cadre scolaire, mettre en place des actions qui ne relèvent pas purement du thérapeutique, et qui se situent plutôt dans le domaine de la créativité. Ce qui se fait au collège relève de la prévention avec des ateliers de bibliothérapie sur des thèmes généraux : on ne va pas cibler une problématique particulière à chaque élève.

Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :  Interview d'Aurélie Louvel, bibliothérapeute jeunesse (5e épisode du podcast)

Par ailleurs, un enfant ou un adolescent va traverser des étapes différentes de celles que traversent les adultes. C’est une période très sensible et il faut rester vigilant. Certains ateliers peuvent remuer des choses profondes. La bibliothérapie jeunesse diffère de la bibliothérapie destinée aux adultes aussi par les lectures sélectionnées : on va davantage piocher dans les albums jeunesse, les BD, ce qui a trait à l’image et aux métaphores, et aussi choisir des lectures en lien avec des thèmes qui parlent aux jeunes et qui sont en adéquation avec leur construction. On peut dire que la bibliothérapie jeunesse a surtout pour mission de guider, donner des pistes, tout en favorisant le processus créatif, alors que pour les adultes l’attente est bien souvent différente : ils cherchent des réponses à des problèmes précis, ont besoin d’y voir plus clair… Il peut s’agir d’un divorce, d’un processus de deuil, d’une grossesse etc…

Comment s’est monté ce projet de livre sur la bibliothérapie jeunesse ?

Aurélie Louvel : Grâce à une journaliste qui avait publié un article sur ma pratique dans la revue Livres Hebdo, j’ai été repérée par un responsable d’édition qui, un beau jour, m’a envoyé un message pour me proposer d’écrire un livre sur la bibliothérapie jeunesse. C’était vraiment une belle surprise et une belle opportunité de faire connaître cette pratique. Ce fut aussi un énorme travail de recherche car j’avais pour objectif de vraiment rendre compte des multiples pratiques exercées un peu partout en Europe et par des professionnels différents. Il y a eu aussi un énorme travail de recherches, de définitions, de retours d’expériences. En tout, le processus d’écriture a duré environ deux ans. Je voulais à la fois rendre compte de ce qu’était la bibliothérapie jeunesse dans toutes ses richesses, et à la fois en faire quelque chose qui serait accessible à tous.

T’es-tu basée sur tes propres expériences menées dans ton CDI ? Ou t’es-tu inspirée d’expériences que tu as découvertes à d’autres endroits ?

Aurélie Louvel : Au départ je souhaitais procéder ainsi, mais je me suis rendue compte qu’à mes yeux, mon expérience n’était pas encore assez riche pour en faire un livre uniquement basé sur ma propre expérience. C’est pourquoi j’ai décidé de l’ouvrir à d’autres expériences en prenant contact avec des éducateurs spécialisés, des bibliothécaires, des professeurs des écoles, des psychologues, etc.

Finalement j’en suis bien plus satisfaite car je pense que la bibliothérapie se nourrit aussi de ça : le relationnel et l’échange. D’autant plus qu’il s’agit d’une pratique encore très récente en France.

Que vont trouver les personnes qui ne connaissent pas la bibliothérapie mais qui sont intéressées par le sujet dans ton livre ? Quels sont les points que tu y développes ?

Aurélie Louvel : Dans mon livre, les lecteurs trouveront des définitions de ce qu’est ou de ce que n’est pas la bibliothérapie. J’aborde également la différence entre la bibliothérapie créative et la bibliothérapie clinique ou thérapeutique qui, elle, relève des professionnels du soin. On y découvre aussi que son histoire n’est pas si récente que ça, contrairement à ce que l’on pourrait penser, et que la bibliothérapie est finalement quelque chose d’assez accessible.

Le lecteur y trouvera aussi des clefs pour initier lui-même des ateliers de bibliothérapie jeunesse créative, à travers des exemples et des retours d’expériences de différents professionnels. Il y a aussi une partie consacrée à la mise en place d’un espace bibliothérapeutique avec espace zen propice (sélections de livres spécifiques, aménagements, animations).

Quels conseils pourrais-tu donner à quelqu’un qui travaille avec des jeunes (en bibliothèque, en foyer ou autres) et qui aimerait développer une offre bibliothérapeutique pour son public ?

Aurélie Louvel : Je dirai qu’à partir du moment où l’envie est présente tout est possible ! Des livres, des extraits bien sélectionnés en lien avec son public, et la bibliothérapie peut émerger.

 

 

Parle-nous de ton projet de deuxième livre et de ta future formation ?

Aurélie Louvel : Si tout se passe bien, un deuxième livre devrait voir le jour courant 2022 qui sera complémentaire à mon premier. Il sera davantage axé sur la pratique et présenté sous forme de fiches-guides clefs en main pour les professionnels mais aussi les parents désireux de lier lectures, créativité et bien-être. Les différentes entrées se feront par thématiques en lien aussi avec les programmes scolaires du cycle 3 (CM2 6e, 5e), avec un descriptif du matériel nécessaire, des références bibliographiques, des exemples de visualisations créatives en lien avec le thème abordé, et des exemples d’ateliers créatifs.

Concernant la mise en place d’une formation en bibliothérapie jeunesse, j’ai beaucoup de demandes mais cela n’est pas encore lancé par manque de temps. En effet, je me forme actuellement, et en parallèle de mon métier de professeure documentaliste, à l’art-thérapie contemporaine basée sur la psychanalyse et qui prend pour objet la notion d' »éphémérité ». Je pense que j’y verrai plus clair à l’issue de cette période qui va s’étaler sur une année et que je me lancerai dans une formation en ligne sous forme de modules avec vidéos documents, etc. Affaire à suivre donc !

Merci Aurélie d’avoir répondu à ces quelques questions sur ton nouveau livre « Bibliothérapie jeunesse : une approche expressive et créative » ! Si vous êtes bibliothécaire, professeur documentaliste, éducateur ou toute autre profession en lien avec les jeunes, et que ce sujet vous intéresse, courez vous procurer ce livre dans votre meilleure librairie 🙂

Pour réécouter la première interview d’Aurélie, c’est ici.