« La Lumière est dans le livre. Ouvrez le livre tout grand. Laissez-le rayonner, laissez-le faire. Qui que vous soyez qui voulez cultiver, vivifier, édifier, attendrir, apaiser, mettez des livres partout. » Victor Hugo¹

bibliothérapie, définition de la bibliothérapie

 

Qu’est-ce que la bibliothérapie… c’est une bonne question !  Le terme est récent et peu connu sous nos latitudes francophones. Lorsque je parle de bibliothérapie autour de moi, je récolte souvent des réactions intéressées mais interrogatives… « euh, c’est quoi ??? »

 

Définition de la bibliothérapie

Si nous disséquons le mot, nous trouvons les termes grecs « biblios » et « therapeia », soit en français « livres » et « soin ». La définition est donc assez logique : le soin par les livres. Comme le mentionne le site bibliotherapeutes.com, Le terme « Thérapie » a basculé tant dans la langue anglo-saxonne que française vers un sens curatif, la connotation de guérison y est de plus en plus associée. Ainsi une thérapie évoque pour beaucoup une « réparation » d’un dysfonctionnement médical (qu’il soit du corps, de l’esprit ou de l’âme). Toutefois le sens premier du mot grec thérapeute inclut une notion de service, de prendre soin, d’une servitude parfois spirituelle. La langue grecque pourrait opposer « Therapeia » soit « prendre soin de son Être » et « Iatriké » plutôt « médecine, prendre soin de son corps ».

Nous y voilà ! Il s’agit moins d’une thérapie au sens moderne qui va nous guérir que d’un accompagnement qui fournit des outils pour que la personne prenne soin d’elle-même, accompagnement qui prend des formes diverses en fonction des richesses personnelles du thérapeute.

 

Un peu d’histoire…

Une discipline récente disais-je en introduction ? Enfin pas tant que ça !

La pratique s’est officialisée au début du XXe siècle, après la Première Guerre mondiale, grâce à Sadie Peterson Delaney, bibliothécaire d’un hôpital militaire de l’Alabama, qui remarqua les bienfaits de la lecture sur les traumatisés de la guerre et fut une pionnière de la discipline. La première apparition du terme dans un dictionnaire date de 1961 ; le dictionnaire Webster international le définit ainsi : “ La bibliothérapie est l’utilisation d’un ensemble de lectures sélectionnées en tant qu’outil thérapeutique en médecine et en psychiatrie. Et un moyen de résoudre des problèmes personnels par l’intermédiaire d’une lecture dirigée.”² La première partie de cette définition, bien médicale, est appliquée comme telle, par exemple en Grande-Bretagne, comme nous le verrons plus bas. La deuxième partie, plus large, correspond mieux à la pratique de la bibliothérapie telle que je l’exerce (n’étant ni médecin, ni psy…) : c’est un moyen, un outil mis à disposition de la personne pour son évolution personnelle.

Mais l’utilisation des écrits comme outils d’accompagnement et source d’évolution personnelle date de bien plus tôt, probablement de la diffusion de l’imprimerie. Et dès l’Antiquité, les philosophes et les auteurs ont souligné le pouvoir des mots, même non-écrits, sur l’esprit.

Aujourd’hui, la bibliothérapie est devenue une discipline à part entière, enseignée dans les universités américaines, canadiennes ou anglaises (comme souvent, les anglo-saxons sont en avance…). En Grande-Bretagne, les médecins peuvent officiellement prescrire des livres sur ordonnance (et un abonnement à la bibliothèque locale !) grâce à un programme national lancé en 2013 par la Reading Agency. Certaines associations qui pratiquent la bibliothérapie sont même soutenues par l’Etat.

Dans le monde francophone, la bibliothérapie est encore peu connue du grand public, cependant des médecins et des psychiatres commencent tout de même à s’appuyer sur les livres pour soigner leurs patients. La première thèse scientifique consacrée à ce sujet, écrite par le Dr Pierre-André Bonnet, date de 2009. L’auteur a interrogé 600 personnes et son étude révèle que 80 % des médecins ignoraient ce qu’était vraiment la bibliothérapie, mais 53 % d’entre eux avaient déjà conseillé un livre lors d’une consultation, et 73 % s’accordaient à dire que la lecture pouvait être un bon outil de soin. Que la moitié des médecins interrogés aient recommandé un livre à un patient sans même connaître la bibliothérapie est révélateur du pouvoir des livres !

 bibliothérapie, lecture

 

Les bienfaits de la bibliothérapie

Alors, qu’est-ce que cela nous apporte ? Lire, c’est d’abord se faire du bien. Le livre nous permet de nous évader, de nous créer une bulle, de prendre une pause, de ralentir le rythme, de créer un espace, de nous changer les idées. Il nous permet de découvrir d’autres horizons, d’élargir le nôtre, de prendre conscience de perspectives extérieures ou intérieures que nous n’aurions pas imaginées seul, de passer des caps, de libérer des blocages, de mettre des mots sur nos ressentis, de nous enrichir. Un livre est un compagnon qui ne nous quitte jamais (pour autant que nous ne l’oublions pas, de notre côté!), il est présent, ne nous juge pas, ne nous impose pas son avis. Bien qu’extérieur à nous-mêmes, il nous permet de revenir à nous-mêmes et de nous auto-explorer, tout en nous aidant à nous situer par rapport au monde et aux autres.

Ouf… quelle liste ! Oui, le livre permet tout cela, et plus encore. Comment ne pas voir son pouvoir thérapeutique après ça !  De plus en plus d’articles scientifiques confirment les bienfaits de la lecture, dans le traitement de la dépression par exemple ou du mal-être psychologique en général. Une étude menée par le neuropsychologue David Lewis en 2009 a même montré que la lecture fonctionne mieux et plus rapidement que toute autre méthode de relaxation pour réduire le niveau de stress : lire en silence durant 6 minutes diminue le stress de 68% !

Encore faut-il décider d’utiliser la lecture de cette manière. Un livre ne sera “thérapeutique” que si on le lui permet ! Nous devons adopter une position intérieure d’ouverture qui nous permettra de recevoir tous les bienfaits de cette lecture. Il ne s’agit pas simplement de saisir un livre comme on saisirait la télécommande de la télévision, pour s’échapper de la réalité et se laisser sombrer dans un divertissement stérile. Nous ouvrons notre livre avec la pleine conscience de ce que nous allons faire : nous offrir un moment pour prendre soin de nous, processus qui demande notre entière participation. L’acte de lire est tout aussi important que le contenu de notre lecture.

 

La pratique de la bibliothérapie

A la différence d’un médicament dont l’action est ciblée, le livre a un rayon d’action vaste et personnalisé. Chacun pourra trouver quelque chose de différent dans un même titre qui résonnera selon son histoire et ses besoins. C’est pourquoi la bibliothérapie est l’art de choisir le bon livre pour la bonne personne. Il est à la mode actuellement de proposer des listes de titres pour tel ou tel symptôme, telle ou telle situation. Il y a probablement du bon à cela, ce n’est pas à rejeter en bloc. Mais j’ai tendance à penser que la bibliothérapie doit être personnalisée et nécessite un échange entre le prescripteur de livres et le lecteur. Le bibliothérapeute doit avoir développé un sens de l’écoute et de l’humain qui lui permet de se mettre à l’unisson de la personne qui le consulte et d’adapter ses propositions de lecture en fonction. C’est pourquoi je considère les consultations individuelles comme la forme la plus efficace de bibliothérapie car elles permettent cet échange et ce partage. Le lecteur est invité à entrer en profondeur dans sa lecture, à s’y immerger non seulement de manière intellectuelle mais surtout émotionnelle, et à travailler sur ce que ce processus révèle en lui.

 

La bibliothérapie, c’est pour qui ?

Pour tout le monde, à condition bien entendu d’avoir envie de lire !

Il n’y a pas besoin d’avoir un « problème » particulier pour profiter de la bibliothérapie. Si vous vous sentez submergé par le nombre de livres qui s’étalent dans votre librairie, si vous avez envie de conseils personnalisés pour trouver le livre qui vous parlera, si vous cherchez un outil de développement personnel pour progresser dans votre vie, ou si vous avez simplement envie d’une bonne excuse pour vous accorder un peu de temps, la bibliothérapie est pour vous ! Mais si vous faites face à une situation problématique, si vous ne savez pas comment gérer un aspect particulier de votre vie, vous désirez un accompagnement pour vous aider à approfondir certaines thématiques, la bibliothérapie sera également un outil puissant.


Pour en savoir plus sur la bibliothérapie, n’hésitez pas à découvrir d’autres articles de ce blog !

→ Article sur l’histoire de la bibliothérapie


¹Extrait du discours d’ouverture du Congrès littéraire international de 1878. https://fr.wikisource.org/wiki/Discours_d%27ouverture_du_Congr%C3%A8s_litt%C3%A9raire_international

²En anglais : “The use of selected reading materials as therapeutic adjuvants in medecine and psychiatry. Also : guidance in the solution of personal problems through directed reading”

Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :  Lire avant de dormir : une bonne idée ?
Partager l'article :